LE MASSACRE DE LA PLACE DU TIANANMEN
Le massacre de la place du Tiananmen que les chinois viennent de commémorer le 4 juin dernier fut un événement parmi tant d’autres à avoir prouvé l’hypocrisie des grandes démocraties de l’ouest. Elles ont deux dicours : un pour les petits pays et un autre pour les puissants. Deux poids, deux mesures.
Quand une petite nation commet une infraction , le ton monte d’un cran pour crier haro sur le baudet, brandissant des menaces et des sanctions. Quand, par contre, des infractions plus graves impliquent une puissance rivale, à ce moment-là, c’est le bémol.
J’ai à l’esprit ce qui s’est passé ce fameux 4 juin 1989 quand l’armée chinoise écrasa un soulèvement populaire qui conspua pour demander plus de libertés de la part de l’un des régimes les plus staliniens de la planète.
Il s’agissait d’un groupe d’étudiants qui élirent domicile dans une place, appelée place du Tiananmen pour lancer un mouvement qui charriait des revendications variées, portant non seulement sur les libertés individuelles, mais aussi sur la corruption qui rongeait le pays de Mao Tsé-toung. Les protéstataires investirent les lieux pendant environ un mois jusqu’à ce que le gouvernement décide de les déloger manu militari. Agissant comme s’ils étaient en guerre contre une nation ennemie, les militaires balayèrent tout sur leur passage, tirant et roulant leurs chars sur tout ce qui bougeait ; même des enfants ne furent pas épargnés. Après le masacre, certains rapports firent état de dizaines de milliers de morts. Mais il est difficile de savoir le nombre exact de victimes, s’agissant d’un pays aussi opaque comme la Chine. Qu’est ce qui poussa peut-être les dirigeants chinois à sévir aussi violemment contre des jeunes, la force crémeuse et l’avenir de la nation?
En fait, le mouvement de ces étudiants ne fut ni fortuit ni spontané, il se situa dans un contexte très particulier —-contexte qui fut témoin de grands chamboulements mettant les derniers vestiges des pays communistes sur le qui-vive. Il ne faut pas perdre de vue que le socialisme en URSS râlait pour survivre. Gorbatchev, ne voulant pas être pris de cours par la brusquerie des changements qui se dessinèrent à l’horizon, amorça, en 1985, un programme de réforme profonde connu sous le nom de “Perestroika “, lesquelles réformes allaient servir de base permettant aux pays appartenant à l’URSS de se retirer sans heurt du bloc communiste comme un chateau de cartes. Partout, il y eut un vent de liberté très fort qui secouait les pays marxistes. C’est donc dans un tel décor, riche en événements époustoufflants, qu’est née la révolte de ces étudiants, débutant le 15 Avril pour prendre fin le 4 Juin 1989.
Les supports pour ces étudiants fusèrent de toutes les grandes capitales des pays de l’ouest, dont Washington bien entendu. On voulait tellement extirper le communisme que tout mouvement allant dans cette direction était bien accueilli. Mais, si ces jeunes manisfestants s’étaient mis en tête que l’ouest allait venir à leur rescousse en cas de difficulté, il ne leur a pas pris longtemps pour réaliser qu’ils se sont trompés lourdement. Car, bien que ces pays aient été les vrais artisans du mouvement dans les coulisses, ils ne firent rien pour voler au secours des étudiants. Comme des brebis qu’on emmena à l’abattage, la mastondonte armée chinoise atomisa le soulèvement. Il est intéressant de noter que malgré la sauvagerie du massacre et le bilan énorme des victimes, la réaction de la communauté internationale fut très fébrile. Ce qui, en soi, n’est guère surprenant quand on sait ce que représente la Chine dans l’échiquier international.
Possédant l’arme nucléaire et s’imposant comme l’un des plus grands marchés économiques, l’incontournabilité de la puissance de la Chine fait qu’on réflechisse deux fois avant de tenter quoi que ce soit contre elle.
Maintenant imaginez un instant qu’à la place de la Chine, il s’agissait d’un pays comme le Nicaragua, par exemple. C’aurait été un tout autre cliché. Il ne fait aucun doute que les porte-avions américains n’hésiteraient pas à baigner les rades nicaraguayennes ipso facto pour défendre les “valeurs démocratiques” qui leur sont si chères.
Bien sûr, en agissant avec tant de rudesse, la Chine voulait lancer un message au reste du monde que son système marxiste est là pour rester longtemps encore, toujours aussi solide dans ses socles et, ce, en dépit des turbulences qui brinquebalèrent les anciennes républiques soviétiques. Le message était aussi une manière d’étouffer le mouvement dans l’oeuf afin de prévenir toute éventuelle répétition dans le futur. Mais si la Chine, en perpétrant de telles horreurs, pensa avoir réussi à détruire l’aspiration légitime de son peuple ayant trait à un idéal de paix et de bien-être, elle s’est bien évidemment gourée piteusement.
En effet, aucune arme —aussi effroyable soit-elle —ne saurait réduire au silence un coeur assoiffé de justice. Encore moins ne pourraient-ils parvenir à éteindre la flamme de liberté allumée dans les coeurs de la nation par ces braves étudiants qui sont tombés en martyr. Car personne ne s’en est jamais pris à une idéologie pour en ressortir victorieux.
Une idéologie, c’est comme le phénix; abattez-la maintenant et elle renaîtra l’instant d’après. Un régime bien assis ne réprime jamais par la violence.
Ducasse Alcin





