L’échec annoncé de la mission de l’Organisation des Etats Américains (OEA) en Haïti !
Par Joel Leon
Toutes les parties prenantes de l’éventuelle série de négociations sous les auspices de l’OEA sont très pessimistes quant aux chances de succès de cette entreprise.

Pendant tout le weekend, j’ai contacté tous les secteurs qui sont impliqués dans les négociations. D’abord Mathias Pierre, l’un des ministres du gouvernement, prévoit l’échec éventuel des négociations patronnées par l’OEA. La raison avancée: l’opposition souhaite discuter du départ de Jovenel Moïse, pour lui, ce point n’est pas négociable. Parce que c’est à travers les « élections qu’on renouvelle le personnel et les institutions politiques ».
Du côté de l’opposition : Antonio Cheramy, Moise Jean Charles, André Michel…rejettent d’un revers de main les négociations. Donc, cette frange de l’opposition ne jure que par le départ de Jovenel Moise du pouvoir. Pour eux, la présence de la délégation de l’OEA en Haïti est une perte de temps, d’énergie et d’argent.

Le secteur dit modéré de l’opposition, qui est composé de : En Avant, MTV, Dirpod, Entente, Operasyon tet ansanm et FND, vient de publier un accord/proposition dans lequel ces organisations lancent la formation et l’installation d’un « Gouvernement d’Entente Nationale ». Naturellement, sans Jovenel Moïse, toutes les attributions seront confiées au chef de gouvernement. Jerry Tardieu, l’un des fers de lance de ce regroupement politique, est très perplexe quant aux chances de succès de la mission de l’OEA. Il a déclaré que « C’est la responsabilité d’un homme d’état responsable à ce carrefour de la vie nationale. Map gade yo nan je pou m pase mesaje mwen klè », fin de citation. Ils répondront présents, juste pour être présents !
« L’organisation des Etats Américains-OEA » est une instance qui est sur la sellette dans le continent à cause de son inefficacité à résoudre les conflits de l’hémisphère. Le ministre des Affaires étrangères du Mexique, Marcelo Ebrard, arrive même à qualifier la gestion de l’OEA par Luis Amalgro comme « l’une des pires de l’histoire et nous le lui avons dit lors des sessions ».
Voilà dans quelle atmosphère que l’OEA va envoyer une mission en Haïti pour faciliter le dialogue inter-haïtien. Mr Almagro a toujours fait des déclarations très partisanes sans tenir compte de la sensibilité politiques des autres parties impliquées dans la crise. Ainsi, l’organisation est souvent accusée de travailler pour le gouvernement haïtien.

Au niveau de la CARICOM, c’est la même perplexité qui domine les réactions. Selon un diplomate de cette organisation, on avait du mal à trouver des membres pour faire partie de cette délégation. Personne ne veut y participer, compte tenu des antécédents et de la division qui s’installent entre les divers états des caraïbes sur le dossier haïtien. Donc, quelle est la faisabilité d’une entreprise pareille, juste parce que les Etats-Unis le souhaitent, Luis Almagro fait tout ce qui est possible pour envoyer cette mission en Haïti.
Si on croit les tendances politiques dans le pays, non seulement la mission de l’OEA a déjà essuyé un échec cuisant, mais aussi la situation générale du pays se dégrade à un rythme accéléré. La crise économique et sociale a déjà atteint son plus bas niveau de rebondissement. Aucune initiative ne semble être la vraie solution. L’international, selon ma compréhension, attend à ce que la guerre-civile éclate pour qu’il entre en action.
La deuxième étape sera assurée par les « Nations Unies ». C’est la répétition de la réalité de l’après coup d’État de 1991 contre Jean Bertrand Aristide. L’épuisement des missions de l’OEA fera place à l’organisation mondiale. Là encore, il n’y a aucune garantie que le pouvoir de facto et l’opposition changeront de position. Entre temps, l’échéance constitutionnelle de 2022, selon Jovenel Moïse et son équipe, arrive à grand pas. Il n’y aura plus d’alibis pour persister à garder le pouvoir. Cela dit que l’option de gouvernement de transition est toujours à l’ordre du jour. Parce que, je ne vois pas quelle justification brandira le pouvoir en place pour rester en place après le 7 février 2022.
Joel Leon






