Enfin…la guerre civile !
« Dans une guerre civile, la victoire même est une défaite ».
Par Joel Leon
Les deux parties se préparent pour le grand affrontement fratricide, finalement. Une guerre qui s’annonce depuis plus de trente ans, mais que les acteurs ne cessent de reporter à chaque fois. Il semble quelque part, dans l’une des grandes capitales occidentales, il a été décidé d’ensanglanter la terre de Dessalines. Comme des gamins, nous nous jetons dans la guerre-civile, ce que Roger Gaillard qualifie « d’Option dramatique ».
Habilement, Jovenel Moise se préparait pour ce grand moment. Tranquillement, ce dernier a transformé la police nationale en sa garde prétorienne. Il a créé son armée, qui est passée actuellement à un effectif de 2500 hommes et femmes totalement acquis à sa cause. Il poursuit avec le programme de la création de gangs, initié sous la présidence de Michel Martelly, en les institutionnalisant en un véritable instrument de terreur et d’arme politique, G-9. Les gangs sont fédérés. Ils se renforcent continuellement sur le plan national. Aujourd’hui, les gangs sont présents partout.
Jovenel Moise développe des relations privilégiées avec la république Dominicaine, via son ministre des Affaires Étrangères, Claude Joseph, spécialement en matière de la sécurité nationale. Selon des informations ultrasensibles, les forces armées de la république voisine (composées de 62.000 militaires actifs, dont : 33.000 soldats de l’armée de terre ; 12.000 marins et 17.000 militaires de la force aérienne) sont prêtes à intervenir en Haïti en cas de besoin. Sans mentionner la force de police, le service secret…
Pour couronner le tout, le gouvernement américain, les pantins de l’OEA et de l’ONU…tous font partie du grand complot !
Donc, pour Jovenel Moise, la guerre civile est un moyen sûr de parvenir à l’annihilation de l’opposition. Ne pouvant le faire en temps de paix, « il allume la mèche de la guerre civile », une méthode appropriée afin de parvenir à maintenir ses griffes sur le pouvoir « pour 50 ans ».
Ce que Jovenel Moise n’a pas compris, les armes n’assurent pas de la domination du pouvoir politique. S’il est vrai, qu’elles peuvent aider à saisir les espaces symboliques du pouvoir (palais national…), à réprimer la dissidence, à domestiquer les institutions…mais tout ceci pour un temps limité. Et, dans le cas spécial du régime au pouvoir, ou il n’y a pas de cause à se sacrifier pour, pas d’idéologie à défendre, visions ou rêves…sinon de s’enrichir rapidement et en toute impunité, la mainmise politique sera très brève !
Sans oublier de mentionner que l’histoire d’Haïti a une drôle de façon de se venger des dictateurs !
Du côté de l’opposition, les méthodes anciennes qui consistaient à créer une situation d’ingouvernabilité pour précipiter l’international à se débarrasser du gouvernement corrompu et contesté, ne marchent plus. L’international ne répond pas aux appels de l’opposition pour changer le régime politique, il s’accroche fidèlement a Jovenel Moise. Cette situation a contraint les principaux dirigeants de la dissidence à faire face à la nouvelle réalité politique. Maintenant, l’opposition n’a pas d’autres choix que de « prendre le chemin du devoir ».
Toutes les majeures forces politiques nationales atteignent le point de non-retour. Les moments de négociation sont révolus. La cohabitation politique est dépassée. La crise de confiance est dégénérée en folie. Tous les groupes se radicalisent à l’extrême. De là découle la nécessité de s’unir, en faisant fi de toutes les barrières antérieures basées sur des ambitions politiques mesquines. Ainsi, on a constaté depuis environ deux semaines à la formulation d’un discours unitaire/unique rejetant l’organisation du référendum de Jovenel Moise. Pour la première fois, la « Classe Politique » et la « Société Civile » s’accordent sur un point commun.
Fantom 509, un groupe de policiers haïtiens, actifs ou non, qui ont l’habitude de s’agiter dans les rues par des manifestations ponctuées de tirs d’armes automatiques…l’on ne saurait écarter sa participation dans l’éclatement éventuel des hostilités!
La sortie fracassante de l’ancien sénateur Antonio Cheramy, dirigeant de « Matris Liberasyon », qui lance un appel clair à la rébellion contre le régime de facto de Jovenel Moise. Les déclarations « an granmoun » du sénateur Joseph Lambert, celui-ci lance officiellement un défi public aux responsables du gouvernement de venir organiser leur référendum dans le sud-est, son département. La défilée de machette organisée par l’ancien député Danton Léger, semble exprimer le niveau de radicalisme qui traverse la dissidence haïtienne. La mise en déroute du ministre de la Justice à Jacmel constitue le point culminant qui décrit la détermination du peuple haïtien à mettre fin à l’escroquerie phtkiste.
Donc, tous les ingrédients sont présents pour que la guerre civile éclate. Nous faisons un retour en arrière dans l’époque de la « Société des Baïonnettes ». Le seul problème, c’est que nous sommes au 21eme siècle, plus de 200 ans après l’indépendance, c’est-à-dire de la fondation de la première république nègre du monde.
Joel Leon






Un texte qui reflète parfaitement bien la situation haitienne en ce mois de Juin 2021. Joel Leon en a fait de belles approches. A lire !