Le Régime au Pouvoir Avance “Tet Dwat” vers l’Organisation du Référendum, l’Opposition Jure de le Stopper, Boycotter… Qui Sortira Vainqueur de cette chronique ensanglantée ?

Le Régime au Pouvoir Avance “Tet Dwat” vers l’Organisation du Référendum, l’Opposition Jure de le Stopper, Boycotter… Qui Sortira Vainqueur de cette chronique ensanglantée ?

 « À une époque de scepticisme où, selon un groupe de salauds, le sens ne peut plus être distingué du non-sens, il devient audacieux de descendre à un niveau où les catégories du sens et du non-sens ne sont pas encore utilisées. » (Frantz Fanon, Black Skins, White Masks-Introduction)

Par Joel Leon

J’aperçois le pouvoir politique en Haïti comme un haut lieu ou la folie règne en maître. Quiconque raisonnable, investit le cadre saoulé du pouvoir, devient fou après 24 heures.

Je me souviens du cas de Jacques Lorthe, en 1987 il faisait partie du régime militaire comme ministre de l’Information, que dirigeait le général Henry Namphy. Ce dernier, il est le principal responsable de la débâcle du rêve de la jeunesse haïtienne et l’échec de la transition démocratique. Durant une conférence de presse qui réunissait les plus grands de nos journalistes de l’époque, y compris Jean Dominique.

Jean Dominique, démocrate convaincu et défendeur de la paysannerie pauvre qu’il était, s’érigeait en faux pour crier haut et fort : « Jacques, Jacques, le décret est anti constitutionnel », car Jean le connaissait personnellement. Jacques Lorthe, dans son apparat de pouvoir sans limite, s’écria après Jean Dominique, pour dire : « Que le décret soit inconstitutionnel ou non ne nous concerne pas. » C’était une déclaration d’homme de fer qui allait ouvrir les hostilités. Le bilan était lourd,14 morts et 82 blessés, seulement à Port-au-Prince. Car tout le pays fut en ébullition pour exiger le retrait d’un décret électoral qui dérobait cette prérogative, confiée par la constitution, au « Conseil Électoral Provisoire » de l’époque.

Jacques Lorthe, ministre de l’Information, a été révoqué, sans autres formes de procès. Le décret a été annulé. Le gouvernement a sauvé sa peau. Cependant, les 14 personnes assassinées par l’armée d’Haïti, presque tous des jeunes, n’étaient pas nécessaires.

34 ans après, le gouvernement de facto de Jovenel Moise se trouve dans la même situation. Il veut coûte que coûte organiser son référendum du 27 juin prochain. Parallèlement, cette entreprise totalement illégale, est rejetée par tous les secteurs de la vie nationale.

L’ancien constitutionnaliste haïtien, George Michel a démantelé les arguments du gouvernement, en déclarant : « 1.- Si l’article 284-3 interdit de changer par voie référendaire la plus petite partie de la Constitution, comment autoriserait-il d’en changer la totalité ?2.- Si la thèse du Président et de ses conseillers incompétents était valable, à chaque fois qu’on voudrait changer quelque chose à sa guise dans la Constitution on n’aurait qu’à simplement venir avec une nouvelle constitution par un référendum bidon comme ceux de Vincent et de Duvalier ou comme celui qu’il nous prépare. »

Entre temps, Le chef du gouvernement par Intérim, Dr Claude Joseph, et le ministre chargé des affaires électorales, l’Ingénieur Mathias Pierre, restent sourds et foncent à vive allure. Au cours d’un échange avec ce dernier, Il m’a déclaré qu’il avance : « TET DWAT » vers l’organisation du référendum, en dépit de l’impopularité croissante de son projet. Car, non seulement les activités de mise en place des infrastructures nécessaires à la consultation populaire sont régulièrement perturbées en Haiti, mais aussi dans la grande diaspora nord-américaine.

L’état de New York a été le théâtre d’affrontements verbaux et physiques entre certains manifestants et Mr Gonzague Day, « Ministre des haïtiens Vivant à l’Etranger ». Cet événement prenait place à l’hôtel Hilton, le lieu même ou Mr Day devrait organiser une réunion pour rallier la communauté de New York autour du projet de la nouvelle constitution.

J’ai eu des échanges avec plusieurs hauts responsables du gouvernement au sujet de ce référendum. Ils sont tous convaincus que leur entreprise est légale. Ils sont passionnément déterminés à aller jusqu’au bout. Les adversaires de l’organisation du référendum, quantitativement nombreux sont-ils, n’entendent pas se laisser faire par le régime de Jovenel Moise.

Les tractations politiques sont en cours partout dans le pays. Plusieurs délégations de l’opposition sont en visite dans tous les coins du territoire national pour rallier, conscientiser et mettre en place des stratégies de boycottage. Les opposants du Cap-Haïtien ont déjà lancé des séances de réunion dans tout le département du nord. A Port-au-Prince, les militants multiplient aussi des rencontres internes pour soulever la population contre Jovenel Moise. Des appels à la désobéissance civile de plus en plus forts résonnent dans les médias, en particulier les stations de radio. Pour la première fois, il semble qu’il y a un semblant de rapprochement, en termes de discours politiques, entre l’avant-garde politique et les organisations de base.

Au cours d’une brève communication avec Mme Edmonde Supplice Beauzile, elle a déclaré que la Fusion des sociaux-démocrates, l’organisation politique qu’elle dirige, « Nan opozisyon ak pouvwa sa a 1000% ». En ce sens, elle s’oppose à toute organisation de référendum.

Edmonde S. Beauzile (Photo:Facebook)

L’ancien sénateur, Antonio Cheramy, et l’un des leaders de Matris Liberasyon », m’a confié au cours d’une communication téléphonique, que « Matris Liberasyon nan tout rankont kap fet pou boykote jounen referandom nan. Paske konstitisyon an pa bay dwa e nou pral sòti yon kominike pou mande pep la dechouke PHTK sou pouvwa a ».

Antonio Cheramy (Photo: Facebook)

L’un des dirigeants du « Secteur Démocratique et Populaire », l’avocat André Michel, a déclaré dans un tweet que : « Sektè Demokratik e Popilè Mande Tout Òganizasyon Politik ak Sosyete Sivil la pou Angaje nan Mobilizasyon pou kraze Plat atè pwojè Referandòm Jovenel Moise la. Pèp la Pa bay Jovenel Moise Chanje Konstitisyon pou li. Manda Jovenel Moise fini Depi 7 Fevriye 2021. ABA REFERANDÒM ! »

« Mouvman Antant Popilè-MAP », ayant Patrice Laporte comme coordonnateur général, se déclare foncièrement contre le projet de référendum du 25 juin 2021. Pour Mr Laporte, « Le président de facto, Jovenel Moise, veut changer la constitution pour se protéger contre tout éventuel jugement lorsqu’il n’est plus au pouvoir.  Donc, il est condamné a séquestré le palais national jusqu’au dernier trépas. »

Toutes ces déclarations reflètent la position de la presque totalité de la classe politique nationale et des organisations de la société civile. C’est un rejet total qui est constaté, tant en Haïti qu’à l’étranger !

En termes de conclusion, l’équipe gouvernementale avance vers l’organisation du référendum « Tet Dwat » ; parallèlement, l’opposition plurielle, grandement majoritaire, se prépare a boycotter la journée du 25 juin 2021. Si rien n’est fait pour calmer les nerfs, entre maintenant et les jours à venir, l’affrontement devient inévitable. Le futur reste de plus en plus nuageux !

Joel Leon

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