LES ÉTATS-UNIS N’ONT PAS D’AMIS MAIS DES INTÉRÊTS. (1ere partie)
« Nous n’avons ni d’alliés perpétuels ni d’ennemis éternels. Seuls nos intérêts sont perpétuels et éternels et il est de notre devoir de poursuivre ces intérêts » (Henry John Temple— ancien homme d’état britannique du 19ème siècle)
Ducasse Alcin
Récemment, j’avais publié un texte dans lequel j’ai tenté de montrer que l’architecture même des relations entre les États-Unis et le reste du monde se fonde sur ce principe consubstantiel : ils n’ont que des intérêts. S’inspirant de la philosophie de Henry John, cette politique reste la même, peu importe l’alternance qui caractérise le régime démocratique américain.
Certes, il peut y avoir une certaine nuance dans leur approche—-selon que l’administration soit démocrate ou républicaine—–mais tous, ils n’ont qu’un ultime objectif : travailler à promouvoir les intérêts de leur pays tant au niveau national qu’international. Bien sûr, pour aplanir le terrain et faciliter le maintien de ces intérêts, ils se frottent les mains lorsque des chefs d’État croupions sont en charge dans ces pays. La logique est simple : une chiffe molle répond mieux à leurs attentes.
Cette constante de leur agenda, ils la promeuvent partout mais particulièrement envers les micro-nations, surtout celles disposant de ressources importantes ou se situant dans des positions géostratégiques. Par exemple, prenons le cas d’un pays comme l’Égypte. Comment expliqueriez-vous le fait que les différentes administrations (démocrates ou républicaines) aient apporté leur soutien inconditionnel pendant des décennies à un homme de la trempe de Moubarak ——un récidiviste de la pire espèce en ce qui a trait à la violation des droits de l’homme —–lors même que, en flagrante altérité, ils avaient choisi de cautionner le coup d’état du général Abdel Fattah Al-Sissi contre le premier président démocratiquement élu du pays, en l’occurrence président Mohamed Morsi ? Faut-il souligner que ce dernier a subi le putsch alors qu’il venait tout juste d’entamer son mandat.

Voici l’explication la plus plausible : Mohamed Morsi n’était pas un pedigree selon leur critère de sélection. Il était tout juste un fervent opposant au sionisme, donc un anti-Israël convaincu. Et qui dit anti-Israël dit forcément anti-américain, étant donné la relation de père et fils qui existent entre ces deux nations. Ils éprouvèrent aussi une peur bleue contre Mohamed Morsi puisqu’il affichait une certaine affinité pour le mouvement islamisme intégriste dans la région. Pour eux, pas question de le tolérer une seconde de plus au pouvoir, au risque de mettre en péril les intérêts stratégiques qu’ils ont dans la région.

En effet, on se souvient de la grande crise et la guerre subséquente qui en étaient découlées lorsque Gamal Abdel Nasser avait pris sur lui de nationaliser le canal de Suez en 1956. Revêtant un intérêt financier de premier ordre pour les puissances occidentales —–car c’est cet itinéraire qu’empruntent toutes les grandes nefs transportant l’or noir pour le reste du monde ——la France, le Royaume-Uni et Israël, tous avaient joint leurs forces pour forcer l’Égypte à restituer le canal. Plus grave encore, cette crise avait failli déclencher une guerre plus dévastatrice entre les deux superpuissances (USA ET URSS).
C’est le même cas de figure pour le Chili où le dévolu de l’Oncle Sam a été jeté sur Augusto Pinochet pour renverser le président démocratiquement installé à savoir Salvador Allende. Pourquoi ? Eh bien il est de notoriété publique que Allende avait embrassé l’idéologie socialiste qui lui insufflait l’impulsion nécessaire pour viser la nationalisation des gisements de cuivres de son pays qui jusque-là se trouvaient entre les griffes des multinationales étrangères. Président Allende est mort en martyr pour n’avoir pas voulu laisser les puissances impérialistes manger la laine sur le dos de son pays. Mais avec Pinochet au pouvoir, le changement de cap a été spectaculaire. Les Américains avaient en lui un pantin qui ne reculait devant rien pour satisfaire le grand patron.
Puisqu’on y est, pourquoi ne pas évoquer le cas d’Haïti ? Vous ne vous demandez jamais pourquoi est-ce que, de la période de l’occupation américaine à nos jours, les États-Unis ont-ils toujours soutenu l’ascension des dirigeants sans état d’âme dans le pays. Vous n’avez tout de même pas besoin d’une planchette ouija pour répondre à la question. Il s’ensuit que la dictature sert mieux leurs intérêts. Les dictateurs n’ont pas de compte à rendre au peuple. Ils ont la pleine et entière latitude de faire les choses selon leur bon vouloir. Donc, aussi féroces et kafkaïens que de tels hommes puissent se révéler vis-à-vis de leurs populations, ils reçoivent leur « okay » et leurs bénédictions pourvu que ces derniers consentent à baiser la bague et se montrer thuriféraires à leur endroit. Hélas, aujourd’hui encore, moult dirigeants courbent l’échine pour obéir aux américains au doigt et à l’œil, moyennant qu’ils leur accordent un petit sursis pour prolonger leur mandat ; quitte à laisser le peuple vivre dans la crotte.
Cette relation verticale que les États-Unis exercent avec les “petits” pays ne saurait être productive sans l’utilisation de ces outils efficaces qu’ils ont su manier, il faut l’admettre, avec beaucoup de doigté. Je veux parler de la politique de surenchère et de rétorsion. Surenchère en ce qu’ils placent les barres toujours plus haut par rapport à la limite normale, de manière à en extirper le maximum possible. Ils en exigeront 500 pour en avoir 300. Et plus vous donnez, plus ils requerront car, leur voracité gargantuesque n’est jamais assouvie. Il en résulte que vous vous retrouvez coincé dans un labyrinthe à ne jamais pouvoir vous en sortir. Vous êtes devant cette alternative où il vous faut vous décider soit de continuer à satisfaire leurs intérêts—lequel cas vous vaudrait la colère du peuple– soit vous travaillez dans l’intérêt de la population et vous signerez votre arrêt de mort.
Il ne peut y avoir de concomitance entre les deux intérêts. Ils sont irrémédiablement aux antipodes les uns des autres. Si les États-Unis vous adoptent comme leur enfant choyé, la logique est limpide : c’est que vous travaillez au grand dam de la volonté de votre peuple. Car vous ne pouvez, en aucun cas, jongler entre les deux.
La politique américaine, comme je viens de le signaler plus haut, se manifeste aussi par la rétorsion à l’encontre de ceux qui refusent de coopérer aveuglément. Rétorsion ici est synonyme de punition réservée aux récalcitrants. Quand vous osez dire non, ils vous envoient aux galères. On a maints exemples d’hommes à qui ils ont rendu la vie dure parce qu’ils ont eu la tête assez altière pour s’opposer à leur politique néolibéralisme/néocolonialiste
En fait, le néolibéralisme est comme une meule attachée au cou de quelqu’un qui est sur le point de se noyer. Il n’y aucun moyen pour lui d’éviter la noyade. Cette politique « mare senti » ou « remèd chwal » comme les haïtiens se plaisent à l’appeler péjorativement, se présente sous la forme d’une miche dorée, mais, dans la réalité, elle n’est qu’un trompe-l’œil qui n’a jamais créé de richesse, contrairement à ce qu’ils tentent de faire crozier aux gens. Elle est plutôt réputée pour ne semer que la misère partout où elle est implémentée.
Mais une chose que les vassaux des États-Unis devraient comprendre est que leur soutien n’est jamais indéfectible. Comme on l’a vu dans le cas de Pinochet, de Moubarak et de Baby doc, quand ils auront compris que vos jours sont comptés, alors « alea jacta est », ils seront les premiers à vous envoyer aux gémonies. Alors vous vous rendrez compte que vous n’aviez été qu’un pion de plus entre leurs mains qui leur ont permis d’atteindre leurs objectifs. Personne n’est indispensable quand il est question pour les États-Unis de faire prévaloir leur volonté. Votre remplaçant aura déjà été étudié et sélectionné, puisque la CIA dispose d’un fichier électronique pour chaque politicien présidentiable.
À suivre….
Ducasse Alcin





