LES HÉROS NE PORTENT PAS TOUS DES CAPES
Par Ducasse Alcin
Quand vous pensez au terme héros, vous conviendrez qu’il vous vient tout de suite à l’idée les récits légendaires des personnes mi-dieux, mi-hommes qui, puisés de la mythologie ancienne, réalisaient des actions titanesques hors de la périphérie du commun des mortels. Pourtant, loin s’en faut ! L’héroïsme n’a nullement besoin d’actions d’éclat pour qu’il se démontre.
Il est à la portée de tous. Chaque jour, sans que nous nous en soyons rendu compte, nous rencontrons des personnes d’apparence très effacée, certes, mais qui, face à des situations exceptionnelles, font montre d’une fortitude herculéenne, ne manquant pas de nous étonner par leur grandeur d’âme.
Aussi, souscris-je sans sourciller à cet aphorisme fier aux américains qui dit que « ce ne sont pas tous les héros qui portent nécessairement des capes ».
Vous savez, presque tous, les circonstances dramatiques qui avaient débouché sur la mort agonisante de George Floyd, l’an dernier, de la main d’un policier blanc. Mais saviez-vous aussi qu’il s’en est fallu de peu pour que ce meurtre soit répertorié lui aussi, dans le même registre que les autres décès devenus des « hashtags », auxquels la communauté afro-américaine est très familière pour s’être répétés quotidiennement.
En effet, le rapport de l’enquête présenté par les policiers sur les événements stipulait sans équivoque ceci : « Un suspect afro-américain avait été interpellé puis décédé des suites de ses problèmes de santé ». Et l’affaire était classée. Elle se serait tue sans une autre forme de procès. Car, qui oserait remettre en question le rapport de la police ?
D’ailleurs, même le journal local de la ville du Minneapolis se faisait écho de cette version. N’eussent été les actions et la curiosité intuitives de cette demoiselle de 17 ans, répondant au nom de Darnella Frazier, la vérité ne serait jamais étalée au grand jour. Il n’y aurait pas non plus cette vive consternation et l’onde de choc qui avaient ébranlé le monde quand on a pris connaissance de l’horreur du drame.

Sidérée par le spectacle insoutenable qui s’offrait à ses yeux d’adolescente, Darnella avait non seulement fait montre d’un courage hors du commun pour affronter les policiers, mais aussi a fait sortir son portable, par pur réflexe, pour filmer la scène. Son intrépidité ne s’arrêtait pas là, car, durant le procès, elle a accepté volontiers de témoigner aux audiences.
Son témoignage émouvant avait stupéfié tout le monde quand elle avouait avoir passé toute la nuit, privée de sommeil, à se lamenter et s’excuser auprès de George Floyd pour n’avoir pas été assez forte pour s’interposer entre la victime et les policiers afin de l’arracher des griffes de cette horde de loups assoiffés de sang.
La vidéo qu’elle avait prise mettait à nu le mensonge flagrant de ces flics sans scrupule. Elle constituait du même coup une base de données aurifères servant de pièces à conviction la plus fiable, la plus citée, à laquelle les procureurs n’arrêtaient pas de se référer jusqu’à ce qu’elle finisse par pénétrer dans l’hippocampe des jurés, de manière à faire pencher leur décision en faveur de la victime.
Imaginez ce que serait cette affaire si Darnella s’en allait son chemin comme le feraient bon nombre de jeunes de son âge, se disant peut-être n’en avoir rien à cirer des histoires impliquant des adultes ! Il n’y aurait donc pas ce projet de loi en cours de discussion au congrès américain, dans le but de limiter le pouvoir quasi illimité des policiers quand ils interpellent un suspect.

En conséquence, la famille de George Floyd, sabrant le champagne pour célébrer cette victoire inédite, n’a pas manqué de couvrir son nom d’éloges. Son nom se retrouve fièrement sur toutes les lèvres, tant dans l’intimité des salons que dans les médias, qui n’hésitent pas à se montrer laudatives envers elle pour son engagement héroïque ce jour-là.
Son courage est salué à sa juste valeur, car sans lui la famille du disparu ne se verrait pas compenser de ce pactole de 27 millions de dollars qui, certes, ne pourront jamais remplacer la précieuse vie de George Floyd mais pourront quand même assurer l’avenir Gianna, la fille du défunt, qui va devoir vivre sans l’amour d’un père. Le courage de Darnella aura surtout contribué à débarrasser les rues du Minnesota de ces flics, aux yeux suintant le cynisme froid, qui, selon toute vraisemblance, n’en sont pas à leur premier coup d’essai pour ce qui est de soumettre des victimes innocentes à leurs lubies sadiques.
Ducasse Alcin.






Excellent article! Courage comes in many forms. Thank God she was brave enough to document this horrible murder!
Merci de l’avoir lu.