LA STRATEGIE DE LA DIVERSION?

LA STRATEGIE DE LA DIVERSION?
Ducasse Alcin
Je n’ai jamais été un fan de la théorie du complot, mais vu la fréquence et l’énormité de problèmes qui marquent le quotidien des Haïtiens (nes)ces cinq dernières années, il ne m’apparait point timbré d’évoquer la thèse de la stratégie de la diversion pour tenter de les comprendre. Car, dit-on, il est toujours bien de chercher à savoir ce qui se passe de l’autre côté du miroir, si l’on veut mieux cerner les événements.

La diversion a toujours été un outil de prédilection dont se servent certains chefs d’États dans le but de manipuler ou de détourner l’opinion du public. Par exemple, en l’an 64 de notre ère, on imputa à Néron l’incendie qui réduisit la ville de Rome en cendres. Il l’a fait, croit-on, dans le but de masquer ses dérives et ses nombreux crimes qui révoltaient la société romaine au point de la placer au bord d’une explosion sociale.

NERON (Photo: Wikipedia)
De même, pour certains, les dirigeants haïtiens établiraient délibérément un climat de pandémonium dans le pays de manière à détourner l’attention du public sur le vrai cliché; ce qui leur permettrait de foncer tous azimuts vers la réalisation de leur agenda.
L’exemple de Néron montre que la stratégie de la diversion n’est pas une philosophie politique qui est née de la dernière pluie. Elle remonte à des périodes aussi lointaines que celles précédant la naissance de Jésus. Certains hommes politiques s’en sont toujours servis soit pour éliminer leurs adversaires, ou  tout simplement pour occulter leurs inepties.

On crédite la paternité de cette stratégie à Sun Tzu, un général chinois du VIe siècle avant notre ère, considéré comme l’un des plus grands stratèges et érudits de son temps. Il fut célèbre pour avoir publié un ouvrage intitulé “La Stratégie de la Guerre/ L’ Art de la Guerre” dans lequel il propose la diversion comme l’une des méthodes efficaces pour tromper la vigilance de ses ennemis. Cette stratégie enseignée dans toutes les écoles militaires, dans des écoles d’ administration, sert également de parangon à nos dirigeants, surtout quand ils naviguent en eaux troubles.

Sun-Tzu
Selon la logique de cette philosophie, plus vous créez d’ennuis au camp adverse, moins il sera en mesure de contre-attaquer parce que trop occupé à débusquer les pommes d’or du jardin d’Hespérides.
S’il est une période où on a vu cette théorie en action, c’est sans aucun doute durant la présidence de Donald Trump. En effet, on se rappelle que pendant ses quatre ans de présidence, le panorama socio-politique des États-unis était ponctué d’une cascade d’événements époustoufflants, allant de controverses après controverses, de crises et de scandales de tout genre. Avec un névrosé comme Stephen Miller lui servant de stratège en matière de politique interne, Donald Trump a pu, malgré ses lacunes évidentes, intelligemment détourner l’attention du public déblayant ainsi la voie à son agenda.

Depuis, beaucoup lui ont emboité le pas , c’est particulièrement le cas de l’équipe au pouvoir en Haïti qui a toujours montré une certaine affinité pour l’ancien homme fort de la maison blanche et qui en a reproduit un calque presque parfait même si le modèle américain était recouvert d’une espèce de gangue, le rendant moins machiavélique et plus larvé.

Jovenel Moise et Jouthe Joseph
À moins qu’on fasse appel à la démence, je ne vois pas d’explication autre que la stratégie de la diversion qui pourrait permettre d’appréhender le fait qu’un dirigeant sain d’esprit puisse laisser son pays s’enliser dans une série de crises à n’en point finir, tout en affichant le comportement de quelqu’un qui n’en a rien à carrer.
La stratégie de la diversion existe même au niveau de certaines disciplines sportives telles que le football américain par exemple. Je ne connais pas tous les méandres de ce jeu, mais je sais que le porteur de la balle se déplace toujours en compagnie de la charnière offensive de son équipe. Cette dernière a pour mission de créer de la diversion pour permettre au porteur de la balle de réaliser son touchdown.
Autrement dit, les événements dramatiques que l’on observe en Haiti ces jours-ci ne sont pas fortuits. Ils sont éminemment corrélés à ce mirage qu’on nous offre en spectacle mais dont l’objectif primordial est de nous altérer le champ visuel. Si nous n’y prenons pas garde, nous deviendrons comme des gens souffrant du strabisme , c’est-à-dire ayant chacun de notre oeil rivé dans la direction opposée.

Donc qu’il s’agisse du phénomène des gangs armés, qui semblent avoir les coudées franches pour semer le deuil au sein de la société, ou qu’il s’agisse d’autres problématiques ( l’érosion des valeurs, la rhétorique fasciste du chef de l’État) , ils répondent tous à une logique simple : détourner l’attention du public afin d’absolutiser le pouvoir.

Gangs en Haiti (Photo Haitian-truth.org)
Mais attention, l’application de cette stratégie comporte un risque. Elle peut être comme l’histoire du serpent qui se mord la queue. Comme on l’a vu dans le cas de Donald Trump et d’autres fascistes, cela n’a pas toujours marché. Sans le savoir, en provoquant ces problèmes, ces gens créent une poudrière qui n’attend qu’une étincelle pour exploser. Car une fois que le peuple parvient à décrypter l’en deçà de ce jeu perfide, il ne se fera pas dupe. Il redresse la barre hic et nunc.
Bon dimanche
Ducasse Alcin

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