Il n’est de nouvelle plus dévastatrice que celle d’entendre votre médecin vous dire que votre plaie est gangrenée. En un instant tout s’écroule autour de vous : vos projets, vos rêves, votre avenir. Le coeur haletant, vous avez toutes sortes d’idées anxiogènes qui vous traversent l’esprit, car vous connaissez le verdict. Et pour ne rien arranger, le médecin n’y va pas par quatre chemins pour vous annoncer le coup de grâce, à savoir qu’on va devoir tronquer le membre infecté.
Apprendre que vous allez être amputé vous prend aux tripes, mais la décision du médecin est sans appel puisqu’il y va de votre vie. En effet, sans cette mesure drastique, la gangrène risque de se propager et vous en mourrez!
Le scénario décrit plus haut est archétype par rapport à la situation que notre pays vit actuellement. Les problèmes qui le polarisent sont pluridimensionnels. C’est comme lorsqu’on vit sous la menace constante d’une bombe à retardement. Le pays est sans dessus dessous. Partout, on entend des gens pousser des cris d’orfraie. On hurle de peur, de colère , de révolte et de désespoir.
Telle une gangrène, le phénomène du banditisme “légal”, son corollaire (la violence aveugle qu’elle traîne dans son sillage), la corruption dans les plus hautes sphères étatiques et les actes de kidnapping sont autant de plaies qui rongent la société haïtienne.
Cette psychose de peur engendrée par le phénomène de la gangstérisation de nos villes hante tous les esprits, hormis ceux qui sont dans les arcanes du pouvoir bambochard. Car ils sont armés jusqu’aux dents, dévalant les rues de la capitale dans des voitures flambant neuves blindées. De quoi auraient-ils peur puisqu’ils sont comme des Césars à la solde de qui fonctionnent les bandits?
Le pays semble n’être fait que pour des gens graveleux. Si vous êtes une personne honnête on vous ridiculise. Par contre, si vous affichez un comportement fruste et qu’il vous arrive de posséder un Galil ou un AR-15, voilà ce qui vous vaudra le respect d’autrui.
Incorporer la horde des bandits, insuffle à ceux qui arborent ce titre un sentiment de fierté et de suffisance. Oh oui, ils en sont fiers; si fiers qu’ils ne s’encagoulent même plus quand ils se livrent à leurs actes criminels. Ils sont des seigneurs et maîtres, les seuls coqs qui règnent sur la basse-cour. Loin d’être abhorrés, ils sont au contraire courtisés, adulés et déifiés comme des superstars de la trempe de Jay-z, John Legend, Fifty cents et Snoop dog. Les “journalistes” font la queue pour leur offrir le micro.
Sidérée, la population, elle, n’a d’autre choix que de se cuirasser derrière les quatre murs de sa maison pour se prémunir du danger, à l’instar d’une phacochère qui prend refuge dans sa tanière pour éviter d’être mise en pièce par un fauve. Parce qu’on la côtoie de près chaque jour, on tente de s’habituer à la mort. Car, elle rôde partout, tout le monde attend son tour, ce n’est qu’une question de temps.
Les gangs se sont révélés de vrais tortionnaires. Ils développent une certaine expertise sur les méthodes utilisées pour administrer la mort. Calciner (barbecue…), piétiner, traîner, déchiqueter, dépecer, écarteler, étrangler et poignarder… ça va dépendre du degré de mépris que vous leur inspirez. Si vous avez été assez gentil pour n’offrir aucune résitance quand ils vous attaquent, alors vous aurez la gratification d’être inhumé par vos proches; dans le cas contraire, vous finirez sur un amas de détritus avec une chorale de mouches pour vous chanter une oraison.
Port-au-Prince devient une ville fantôme. Partout, on entend le cri strident et déchirant d’un peuple qui râle, qui agonise comme quelqu’un qui lutte pour inhaler ses dernières bouffées d’oxyène avant d’aller ad patres.
Ville de Port-au-Prince ( Photo:Tripadvisor)
Le peuple en a plein dans les bottes dans ce merdier. Ses appels au secours ne sont pas assez puissants pour parvenir aux oreilles de ses dirigeants qui semblent s’obstruer les tympans pour ne pas les entendre …car overbookés à tripoter les quatre cent coups, à sentir l’odeur des greenbacks fraîchement soutirés des tiroirs de la BRH. Ils affichent le comportement de ceux qui n’en ont rien à cirer. Ils se la coulent tellement douce!
Mais attention, quand la plaie est tombée en putréfaction on ne peut plus la dissimuler. L’odeur pestilentielle indiquera au peuple qu’il s’agit d’une gangrène, et alors saura-t-il qu’il n’existe pas d’autre solution que l’amputation.
L’amputation dans ce cas sera synonyme des mesures radicales. Il ne s’agira point de l’enlèvement d’un membre, mais de “tout le corps”… car c’est tout le système qui est tombé en pourriture. Ce sera la tabula rasa, le rache manyòk , le……
boule kay, bref… un nouveau contrat social. Un peuple qui souffre pendant si longtemps, gare vous quand il se réveille de sa léthargie mentale !
Allez demander cela à Mubarak qui a passé plus de trente ans au pouvoir en Egypte. En un clin d’oeil Mubarak a dû kraze rak ( prendre la poudre d’escampette), lorsque le peuple souverain à élu domicile chaque jour à Tahrir square pour fouler le béton et dire assez.
Songez aussi à la Tunisie où Ben Ali qui pouvait se vanter d’être le seul président qu’un jeune de 25 ans de son pays ait connu toute sa jeunesse.
BEN ALI ( Photo: BBC)
Songez comment il a dû faire le pélérinage forcé dans la terre du “prophète”( Arabie Saoudite) après que le peuple en eût marre de lui. Il a fallu seulement ce déclic quand ce jeune universitaire, par désespoir, s’est immolé en plein jour pour cracher son ras-le-bole face à un système oppresseur qui ne prenait pas en compte les désidératas du peuple.
Le peuple haïtien est un volcan endormi. Il fonctionne à l’image d’un ours en hibernation. Il ne restera pas trop longtemps indolent. On a des exemples où le volcan, endormi par le passé, s’est réveillé, déchaîné. C’est le cas de 1986 qui a vu trente années de dictature féroce s’évaporer après que le sang de ces jeunes martyrs comme Daniel Israël, Jean-Robert Cius et Mackenson Michel ait été coulé.
Ce jour-là, il avait enfin frappé son poing pour dire :”c’en est trop”. Je ne me constitue pas en oiseau de mauvaise augure, mais j’ai le flair que le peuple souverain déferlera comme des eaux en furie. Lè sa a Tèt Zo ki panse l kroke nan gòj li a, l ap vale l glòt glòt pou fè l pase kote n konnen an,….et ce sera la fin de cette histoire cauchemardesque. Une histoire qui, si elle doit être figurée dans les annales, le devrait être en filigrane parce que trop honteuse pour être contée à nos enfants. Qui vivra verra!