André Dejean, l’architecte intemporel du compas haïtien, s’éteint à 75 ans

BOUKAN NEWS, 09/13/2026 – André Dejean est décédé à l’âge de 75 ans dans un hôpital de Floride. La nouvelle a frappé la diaspora haïtienne avec une vive émotion, plongeant l’univers du compas dans le deuil. Cofondateur du groupe Les Frères Dejean de Pétion-Ville au cours des années 1960, le trompettiste et arrangeur a redéfini les standards du genre. Il laisse le souvenir d’un bâtisseur et d’un directeur musical dont l’œuvre a marqué des générations.
Un héritage artistique majeur
Certains artistes se contentent d’interpréter. D’autres choisissent d’innover. André Dejean appartient à cette catégorie rare de créateurs qui façonnent leur époque. Son nom dépasse le cadre d’une simple discographie. Il incarne une exigence technique et une esthétique sonore qui traversent les générations.
Les Frères Dejean ne formaient pas un simple orchestre. Le groupe a fonctionné comme un véritable laboratoire où le compas a gagné ses lettres de noblesse. Entouré de ses frères, notamment du maestro et saxophoniste Philippe Dejean et du chanteur Fernand Dejean, André a imprimé sa marque sur la musique haïtienne. Sous sa direction, le genre a gagné en profondeur et en élégance. Des albums emblématiques tels que Bouquet de Fleurs, Bouki ak Malice ou L’humanité témoignent de la précision de ses sections de cuivres. Sa trompette offrait un son identifiable dès les premières notes. Son sens de l’harmonie et sa discipline ont servi d’école à de nombreux musiciens tant haïtiens qu’étrangers.
Une portée internationale
Des bals de Port-au-Prince aux stations de radio de Miami, des scènes de Montréal, aux Antilles et à Paris, les compositions d’André Dejean ont accompagné des générations de mélomanes et d’amants de la musique. Sa collaboration tardive avec des formations contemporaines comme Nu-Look démontre la modernité constante de son approche. Son travail a inspiré et guidé des dizaines d’artistes sur l’ensemble de la scène antillaise et caribéenne.
Les acteurs du monde musical saluent un pédagogue hors pair. Les mélomanes évoquent une figure majeure du patrimoine national. Ses proches se rappellent un guide généreux, soucieux de transmettre son savoir-faire. Au-delà des hommages, c’est une part importante de la mémoire collective haïtienne qui se recueille.
La préservation d’une œuvre
Face aux instabilités institutionnelles de son pays natal, Haïti, André Dejean est resté un point d’ancrage. Il a consacré sa vie à la création, à la formation et au maintien de la musique haïtienne à un niveau d’excellence incontestable. Le trompettiste est demeuré le gardien d’une tradition rythmique et le garant d’une fierté culturelle.
Sa disparition en Floride rappelle une réalité récurrente. De nombreuses figures de la culture haïtienne achèvent leur existence loin de leur terre natale. Toutefois, leur contribution demeure accessible. Les arrangements cuivrés conservent toute leur puissance. Les mélodies continuent de résonner dans la mémoire populaire.
Que subsiste-t-il de l’œuvre d’André Dejean ?
Il reste des compositions majeures qui continuent d’animer les lieux de diffusion culturelle. Il reste les générations de musiciens qu’il a formés et qui perpétuent ses méthodes. Il reste une diaspora qui conserve et transmet son répertoire comme un élément du patrimoine. Il reste un compas modernisé, structuré et reconnu grâce à son apport technique.
La disparition d’André Dejean marque la fin d’un parcours personnel, mais son apport artistique demeure accessible. La responsabilité revient désormais aux acteurs culturels et aux nouvelles générations de faire vivre ce répertoire avec la même rigueur, la même précision et la même passion.
YVES PIERRE





