Élections 2026 : le CPT/KPT veut nous vendre une démocratie mort-née

Élections 2026 : le CPT/KPT veut nous vendre une démocratie mort-née

PIERRE R. RAYMOND

BOUKAN NEWS, 08/18/2026 – Vendre une élection n’est pas gouverner un peuple. C’est le trahir avec des formulaires. Depuis dix ans, Haïti attend un scrutin ; depuis 2021, elle attend un président que personne n’a remplacé après son assassinat. Et voici qu’un Conseil électoral provisoire, dans une note datée du 27 juillet, promet un premier tour pour le 13 décembre 2026 et un second pour le 21 février 2027  à condition, précise le communiqué, que s’établisse « un climat sécuritaire acceptable » selon le calendrier électoral publié par le CEP, avec un scrutin conditionné à l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable. Une élection sous condition n’est pas une élection. C’est une promesse assortie d’une clause d’annulation, signée d’avance par ceux qui savent qu’ils ne la tiendront pas.

Ils vendent la date. Ils ne vendent pas la sécurité. Ils vendent le calendrier. Ils ne vendent pas les routes de Port-au-Prince, ni Kenscoff, ni l’Artibonite, où les gangs dictent qui vote et qui fuit. Le Premier ministre par intérim a lui-même reconnu qu’il serait irresponsable d’organiser des élections dans l’état d’insécurité actuel, pendant qu’entre janvier et mars 2026 seulement, le BINUH a recensé 1 642 morts et 745 blessés. Voilà le chiffre que le CEP ne met pas dans ses tableaux de dates.

Pendant ce temps, la diaspora et le peuple restés au pays paient une autre facture. La République dominicaine a expulsé à elle seule 34 226 Haïtiens en juin 2026, portant le total à 196 321 rapatriements pour le seul premier semestre 2026. Le Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés y ajoute plus de 68 000 déportations rien qu’au premier trimestre, en provenance de la République dominicaine, des États-Unis et des Bahamas. Les États-Unis, eux, referment leurs propres portes, plus discrètement mais tout aussi sûrement : en avril, 133 Haïtiens ont été renvoyés vers l’aéroport du Cap-Haïtien. Des dizaines de milliers de vies arrachées à l’exil et jetées dans un pays que ses propres dirigeants jugent trop dangereux pour voter. Voilà l’ironie qui devrait faire honte à deux capitales et à un Palais national : on expulse vers un pays où l’on n’ose pas organiser une élection.

Et l’international ? Il légifère. Il ne construit pas. Le 30 septembre 2025, le Conseil de sécurité a voté la résolution 2793, transformant la mission kényane en une Force de suppression des gangs de 5 550 hommes, adoptée par douze voix contre zéro, avec trois abstentions — Chine, Pakistan, Russie. Une force votée à l’unanimité presque totale. Une force financée par presque personne. Le texte lui-même prévoit que le financement reposera sur des contributions volontaires, c’est-à-dire sur la générosité incertaine d’États qui votent des résolutions comme on signe des cartes de condoléances : avec émotion, sans virement bancaire. Résultat documenté : le manque de fonds et de troupes risque de retarder le déploiement d’une force votée pour sauver des vies qui, elles, n’attendent pas les crédits.

Voilà le théâtre à deux actes. Acte un : des dirigeants haïtiens qui négocient leur propre survie politique en repoussant chaque échéance au nom d’une sécurité qu’ils n’ont ni la volonté ni la capacité d’imposer. Acte deux : une communauté internationale qui préfère la solennité d’une résolution au coût d’une intervention réelle — parce qu’une résolution ne coûte rien, et qu’une force déployée, payée, équipée, coûterait des milliards qu’aucun Conseil de sécurité n’a envie d’inscrire à son budget.

Entre les deux actes, un peuple. Des millions de Haïtiens, en Haïti et dans la diaspora, à qui l’on a vendu deux mensonges jumeaux : celui d’une élection qui dépend d’une sécurité qui ne vient pas, et celui d’un renfort international qui dépend d’un chèque qui ne vient pas non plus. On ne vote pas une démocratie sur un chronogramme conditionnel. On ne bâtit pas une sécurité sur des vœux pieux et des abstentions diplomatiques. Le 13 décembre n’est pas une date. C’est un pari — et ceux qui le prennent ne sont pas ceux qui en paieront le prix.

Sources : Conseil électoral provisoire d’Haïti ; France 24 ; Radio-Canada ; The Haitian Times ; GARR ; L’Union Suite ; BINUH via La 1ère ; ONU (résolution 2793) ; Better World Campaign ; The New Humanitarian.

Pierre-Richard Raymond

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *