LE GÉNÉRAL ANDRÉ RIGAUD

BOUKAN NEWS, 12/30/2025 – Né en 1761 aux Cayes, à Saint-Domingue, André Rigaud était le fils d’un riche propriétaire français et de Rose Bossy, une femme esclave. Reconnu par son père, il fut envoyé à Bordeaux pour y recevoir une éducation, où il apprit le métier d’orfèvre et participa à la guerre d’indépendance américaine aux côtés des troupes françaises. À son retour à Saint-Domingue, Rigaud s’imposa comme porte-parole des libres de couleur, défendant leurs droits civiques tout en naviguant habilement entre les idéaux de la Révolution et les réalités du pouvoir colonial.
Au déclenchement de la Révolution haïtienne, Rigaud prit brillamment le commandement du Sud, repoussant les troupes britanniques et instaurant une administration solide entre 1793 et 1798. Il coopéra étroitement avec les représentants français envoyés par la République et appuya la suppression de l’esclavage décrétée en 1793, tout en préservant le système des plantations à travers l’emploi de travailleurs salariés. Son autorité s’appuyait principalement sur les planteurs mulâtres libres, inquiets quant au pouvoir grandissant des anciens esclaves, ce qui engendra une contradiction persistante entre le discours révolutionnaire de Rigaud et les choix stratégiques dictés par ses alliances.
La confrontation entre Rigaud et Toussaint Louverture, figure majeure de la Révolution haïtienne, se transforma en une guerre civile sanglante, connue sous le nom de « Guerre des Couteaux », qui s’étendit de 1799 à 1800. Bien qu’il reconnaisse la supériorité militaire de Louverture, Rigaud s’opposa à lui et refusa d’abandonner la domination sur le Sud de l’île, ce qui provoqua une lutte violente caractérisée par de nombreux actes de cruauté commis par les deux camps. Les forces de Louverture, menées par l’impitoyable Jean-Jacques Dessalines, écrasèrent finalement la résistance de Rigaud à Jacmel et massacrèrent des centaines, voire des milliers de mulâtres, lors de la brutale campagne de pacification.
Battu et contraint à l’exil en France en 1800, Rigaud prit la décision fatale de revenir à Saint-Domingue en accompagnant l’expédition napoléonienne de 1802, placée sous le commandement du général Charles Leclerc, qui visait explicitement à évincer Louverture et à rétablir l’esclavage. Ce choix a durablement entaché sa mémoire, le faisant passer pour un traître à la cause de l’indépendance haïtienne. Par suite de la débâcle de l’expédition et au retrait des troupes françaises en 1803, Rigaud fut incarcéré au fort de Joux – la même prison où Louverture mourut cette année-là – avant de revenir une ultime fois en Haïti en 1810 pour établir brièvement un État autonome dans le Sud.
Rigaud s’éteignit en septembre 1811, peu de temps après avoir accédé à la présidence de l’État du Sud, se dressant contre ses anciens alliés autant que contre ses ennemis. Son legs demeure marqué par de profondes ambiguïtés : stratège militaire hors pair ayant contribué à l’émergence de figures majeures telles qu’Alexandre Pétion et Jean-Pierre Boyer, il incarne aussi le paradoxe d’un homme dont la fidélité à la France et la méfiance à l’égard du leadership noir ont affaibli la révolution qu’il avait pourtant aidé à façonner. Soucieux d’adopter une apparence européenne, il portait des perruques aux cheveux lisses, n’a jamais permis à des soldats noirs de dépasser le rang de capitaine, et a fini par faire passer les intérêts de la France avant l’indépendance d’Haïti.





