CPT : Mettre fin au bal des échoués ! (3e partie)
BOUKAN NEWS, 08/10/2025 – Il est largement reconnu que la république d’Haïti figure parmi les États défaillants, car ses institutions ne parviennent plus à remplir leurs fonctions fondamentales. Les responsabilités vitales de l’état incluent la préservation de l’ordre et de la sécurité, la garantie d’une justice et de droits équitablement répartis pour tous, la protection du territoire national, l’offre de services publics essentiels, ainsi que le maintien de sa légitimité populaire par l’organisation régulière d’élections démocratiques permettant le renouvellement du pouvoir.
Depuis une décennie, aucune élection n’a été organisée en Haïti, ce qui fait que l’ensemble des responsables actuels exercent leur fonction en dehors de toute légitimité constitutionnelle. Pendant ce temps, Port-au-Prince, jadis poumon du pays, est désormais livrée à plus de 80 % à des groupes armés qui instillent une terreur quotidienne dans la vie des habitantes et des habitants. Ces gangs, par leur emprise, supplantent l’autorité de l’État et exercent désormais le contrôle de la force, illustrant cruellement la perte du monopole de la violence légitime que devrait garantir toute institution étatique. Donc, ils remplacent l’État qui perd le monopole de la violence légitime.
Tous les critères d’un État en défaillance, tels que définis par Max Weber, se manifestent aujourd’hui en Haïti. Le pays s’enfonce dans une insécurité persistante, la paralysie des institutions publiques est flagrante, et leur disparition progressive ne fait aucun doute. À cela s’ajoute l’incapacité notoire des responsables à assurer la protection de la population.
Ce qui frappe avant tout, c’est cette capacité des échoués à se maintenir indéfiniment en place. Ils s’affichent dans le ciel haïtien à bord d’hélicoptères ou d’avions, évitant soigneusement les routes nationales contrôlées par les gangs. Leur présence dans les forums internationaux se fait avec l’appui bienveillant des puissances occidentales, où ils multiplient les discours creux et les promesses sans substance. Leur parole s’apparente à une respiration, tant le mensonge y est naturel. Finalement, ils s’appliquent à façonner une version de la réalité qui ne trouve d’équivalent nulle part ailleurs que sur le sol haïtien.
Depuis l’assassinat tragique de Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, une succession de responsables se sont installés au pouvoir dans une atmosphère de honte. Du premier ministre Ariel Henry aux membres échoués du CPT, la crise ne fait que s’aggraver, amplifiée par l’indifférence manifeste de celles et ceux en charge de l’État.
On doit impérativement sortir de cette dynamique d’État défaillant qui réduit la population haïtienne à une existence indigne. Mais alors, par où commencer ?
Cette interrogation revient sans cesse lorsqu’on dresse un constat lucide de la réalité haïtienne. Sortir de l’impasse d’un État défaillant requiert l’adoption de solutions nouvelles, loin des méthodes conventionnelles du « state-building ». Cela commence par rompre avec la mainmise de ces responsables en échec qui confisquent le pouvoir politique au détriment du bien commun.

Pour sortir de cette impasse, il est essentiel que les personnes en position de gouvernance soient capables de saisir l’influence des parcours historiques propres à Haïti—des choix de libération nationale opérés par les ancêtres, aux dynamiques sociales complexes apparues depuis le 17 octobre 1806, en passant par le contexte particulier de la naissance et du développement du pays au sein d’un environnement international souvent hostile. Il s’agit donc avant tout de rejeter les solutions standardisées imposées de l’extérieur, façonnées selon des modèles étrangers, pour privilégier une démarche enracinée dans la réalité et les aspirations haïtiennes.
Pour sortir durablement de l’impasse, il est indispensable d’élaborer un cadre pensé par les composantes socio-politiques encore solides et saines du pays, afin de forger un socle d’unité doté de véritables moyens idéologiques et techniques de résistance. Ce nouveau système doit accorder la priorité au rétablissement des fonctions régaliennes essentielles : assurer la sécurité, garantir la justice, offrir une éducation de qualité et veiller à la santé publique. Seul un accès équitable à ces services fondamentaux permettra de restaurer une relation de confiance sincère entre l’État et la population.
Le parti « Camp National » propose une démarche parfaitement adaptée à la situation actuelle d’Haïti. Cette approche repose sur l’utilisation de la structure organisationnelle du parti, partant des « Lakou » jusqu’aux coordinations départementales, afin de collecter des données d’évaluation qui serviront à élaborer le programme national. En effet, il est essentiel que les solutions concrètes émergent du terrain, avec la population placée au centre, en collaboration avec les acteurs locaux, les associations, les communautés religieuses et les notables. L’engagement de l’ensemble de la population demeure fondamental pour la réussite de tout projet politique, social ou économique.

Pour consolider durablement ce nouveau cadre institutionnel et participatif, il est essentiel de sortir la population de l’impasse économique où elle se trouve. Cela exige une rupture réelle avec les anciennes méthodes, en privilégiant une économie inclusive et dynamique, centrée sur la création d’emplois accessibles à la jeunesse. Cette démarche vise à offrir aux jeunes des perspectives concrètes afin qu’ils ne voient plus l’intégration aux groupes armés comme unique solution pour leur avenir.
Pour se libérer véritablement de l’emprise de ceux qui ont échoué, il devient impératif de s’affranchir du modèle occidental traditionnel de l’État défaillant, un cadre normatif façonné par les puissances économiques et souvent déconnecté des réalités locales. Il s’agit, cette fois, d’ancrer les solutions dans les spécificités propres à chaque société. Cela exige de renforcer les coopérations régionales au sein de la Caraïbe et l’Amerique Latine, tant sur les plans sécuritaire, économique que migratoire. Ainsi, Haïti pourra combler le vide laissé par la rupture avec ses anciens tuteurs, qui l’ont encadrée pendant plus de deux siècles d’échecs.
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