CPT : La rumination de l’échec (2e partie)

CPT : La rumination de l’échec (2e partie)

 

BOUKAN NEWS, 08/08/2025 – Il arrive que les nations, tout comme les individus, se retrouvent prisonnières d’un cycle où l’échec se rumine, se ressasse, et finit par s’imprimer dans la mémoire collective. Ce ruminement, loin d’être passif, s’insinue dans chaque conversation, chaque décision, chaque regard porté vers l’avenir. Quand l’héroïsme d’hier semble s’effriter sous les assauts répétés de l’indécence contemporaine, un malaise se fait sentir : celui de l’impuissance à transcender les déceptions, à redonner sens à l’effort commun.

La république d’Haïti, jadis fier de ses exploits historiques et de son engagement international, se voit désormais morcelé, dirigé par une multitude de présidents dont l’autorité peine à s’incarner. Comment expliquer qu’il faille neuf individus pour gouverner un territoire de 27 750 kilomètres carrés ?

La continuité de cette indécente rumination prend forme à travers la présidence tournante actuelle incarnée par Laurent Saint-Cyr, membre peu assidu du CPT, qui n’a assisté qu’à une poignée de réunions de l’organisme qu’il s’apprête pourtant à diriger.

Laurent Saint-Cyr s’est vu confier le rôle de coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition-CPT, une installation marquée par l’indifférence totale de la société. Depuis le séisme du 12 janvier, la population assiste, désabusée, au défilé de dirigeants décevants sans nourrir la moindre attente. Le discours prononcé à cette occasion, livré en créole, reflète fidèlement ce climat populaire : il ne contient rien de remarquable, aucune étincelle d’espoir, même infime. On y retrouve plutôt la routine d’une continuité sans illusions, illustrant parfaitement la rumination de l’échec.

Le plus troublant, c’est de constater à quel point Laurent Saint-Cyr revendique sans retenue son appartenance au secteur privé haïtien, souvent accusé à raison comme l’un des principaux artisans de la débâcle nationale. Aujourd’hui, les élites économiques semblent avoir la mainmise absolue sur l’appareil d’État, assurant leur emprise à travers la présence de Didier Fils-Aimé à la primature, considéré comme le fidèle serviteur de Reynold Deeb, figure parmi les plus réactionnaires de la bourgeoisie. Appuyé par trois acolytes — Gerald Gilles, Smith Augustin et Emmanuel Vertilaire —, le coordonnateur du CPT orchestra les affaires publiques pour le bénéfice exclusif de son cercle oligarchique. Il ne restera que bien peu pour la classe moyenne, complice malgré elle du saccage du pays, car les appétits insatiables du secteur privé ne laissent que des miettes.

L’appareil sécuritaire semble aussi sur le point de passer sous le contrôle du cercle oligarchique. Depuis le début de la semaine, des rumeurs persistantes circulent quant à la volonté de remplacer l’actuel directeur de la police, M. Normil Rameau, par Vladimir Paraison. Il convient de rappeler que ce dernier a déjà été écarté à plusieurs reprises par l’ambassade américaine comme candidat potentiel à la tête de l’institution policière, notamment sous la présidence de Jovenel Moise. Lorsque, dans un pays, l’économie, le pouvoir politique et la sécurité nationale se retrouvent concentrés entre les mains d’un même secteur, il faut s’attendre à une mise-à-sac historique, dont les conséquences se feront cruellement sentir.

La rumination, au fond, est une forme de résistance à l’oubli. Mais à force de revenir sur les mêmes blessures, la nation risque de s’y enfermer, d’oublier l’élan vers le renouveau. Les héros d’hier se voient relégués au rang de mythes impuissants face à la réalité, tandis que la continuité de l’indécence semble s’ériger en règle. Le jeudi 7 août dernier devient alors un symbole parmi d’autres : celui d’un temps qui passe sans qu’advienne le sursaut salvateur.

En attendant, les gangs tuent, violent, volent et kidnappent dans l’impunité totale. De quoi sera fait demain, on n’a qu’à attendre !

BOUKAN NEWS

 

 

 

 

2 Comments

  1. Cet article présente une critique acérée de la situation politique actuelle en Haïti, mettant en lumière les défis auxquels le pays est confronté. L’auteur souligne la concentration du pouvoir économique, politique et sécuritaire entre les mains d’un même secteur, ce qui pourrait entraîner des conséquences graves pour le pays.

    Les principaux points de l’article sont :

    – La rumination de l’échec et la continuité de l’indécence dans la gouvernance du pays.
    – La concentration du pouvoir entre les mains d’un secteur oligarchique, qui pourrait mettre en danger la stabilité et la sécurité nationale.
    – La nomination de Laurent Saint-Cyr comme coordonnateur du CPT, qui est perçu comme un représentant du secteur privé haïtien, et les implications potentielles de cette nomination pour la gouvernance du pays.

    L’article conclut que la situation actuelle en Haïti est préoccupante et que des mesures doivent être prises pour éviter une mise-à-sac historique.

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