“La Prière d’Haïti : Quinze Ans d’Échos”
Boukan News, 01/15/2025 – Notre Père, qui habites au-delà de nos cieux brisés,
Entends-tu encore les cris de Port-au-Prince dans la nuit ?
Quinze ans depuis que la terre a trahi notre confiance,
Deux cent mille âmes retournées à la poussière.
Leurs noms, comme des prières, murmurent encore dans notre brise,
À travers les murs effondrés et les arbres abandonnés.
Sanctifiées furent les promesses d’aide,
Des milliards promis sous l’œil des caméras.
Mais les vœux sacrés se sont dissous comme la brume matinale,
Tandis que l’avidité et la corruption formaient une alliance impie.
Le royaume promis en ces jours désespérés
Gît mort-né dans le labyrinthe bureaucratique.
Ta volonté, disaient-ils, était le progrès, rapide et sûr,
Pourtant la souffrance persiste, sans trouver de remède.
Sur terre comme au ciel, ils promettaient de bâtir,
Des rêves esquissés sur papier, jamais réalisés.
Notre pain d’aujourd’hui porte la moisissure d’hier,
Pendant que les fortunes s’élèvent sur les misères indicibles.
Pardonne-nous, Père, notre paix complaisante
Avec le vol qui aggrave les blessures de notre nation.
Comme nous pardonnons à ceux qui ont trahi notre cause,
Qui ont bâti leurs manoirs en ignorant les lois.
Les sauveurs étrangers venus pour “aider”
Puis disparus comme la brume éphémère de l’aube.
Ne nous laisse pas entrer dans le noir désespoir
Où l’espoir se dissout dans l’air des Caraïbes.
Délivre-nous des leaders qui trompent,
Des ONG qui viennent mais ne partent jamais,
Des paroles creuses et des proclamations vides,
D’être les plus pauvres parmi toutes les nations.
Car à Toi devrait être le pouvoir de restaurer
Ce que l’avidité et la nature ont arraché au cœur d’Haïti.
La gloire de notre peuple demeure encore,
Bien qu’enterrée profondément sous les taches de la corruption.
On nous avait promis que nous nous relèverions pour toujours,
Pourtant les chaînes de la pauvreté lient encore nos cieux.
Souviens-toi, Seigneur, de ce jour de janvier,
Quand trente secondes ont balayé toute certitude.
Les enfants écrasés sous leurs rêves d’école,
Les mères réduites au silence dans leurs cris de terreur,
Les pères rentrés trop tard pour sauver,
Les milliers dormant dans une fosse commune.
Pourtant nous sommes là, nos esprits toujours invaincus,
Bien que les promesses gisent brisées et non dites.
Nos ancêtres qui ont brisé leurs chaînes guident encore
Nos pas vers l’avenir longtemps refusé.
L’esprit de la révolution brûle toujours plus fort
Dans les cœurs qui refusent de se rendre à la nuit.
À travers les villes de tentes devenues demeures permanentes,
À travers le choléra qui a rongé les os de nos enfants,
À travers les leaders déchus et les élections austères,
Nous avons gardé notre foi vivante dans l’obscurité.
Donne-nous la force de nous élever au-delà de notre douleur,
De nous construire nous-mêmes, sans attendre une aide vaine.
Que l’âme d’Haïti, bien que meurtrie, nous montre la voie
Pour forger notre destin dans un jour plus lumineux.
Que ceux qui sont morts ne périssent pas sans cause,
Mais allument le changement que la fureur de la nature a vu.
Car dans Ton royaume, la justice doit prévaloir,
Bien que les pouvoirs terrestres et les promesses puissent faillir.
La gloire de notre nation s’élèvera encore
Des décombres s’élevant vers Tes cieux infinis.
Que l’esprit de notre peuple s’élève à jamais,
Jusqu’à ce qu’Haïti se dresse fière, comme autrefois.
Amen.
Professeur Pierre Richard Raymond






