Haïti, maman liberté!

Mon verre s’est cassé dans l’univers
Les brisées se mettent débout en morceau de terre brunies
Que le poète brandit dans sa voix comme une sable
Ma boisson s’érige en cathédrale de mers
Depuis
L’alphabet de la liberté se compte en naufrages
En papillons maudits avec des ailes de perles
Nous avons parlé aux vents
Nous avons parlé aux vagues
Nous avons parlé à la terre
Nous avons parlé avec un volcan dans la bouche
Pour dire à qui veut l’entendre
La verdure des plantes
Le rire d’un enfant
Le cœur d’une fille amoureuse
La première fleur du printemps
Toutes les beautés de la vie et de la mort
Viennent habiter notre voix
Pour tracer le chant
Qui fait trembler les dieux
Nous avons baisé les sirènes de la révolte
Nous avons soufflé l’ovule des lumières
Pour une éternité
Le monde s’illumine
L’humain campe
Comme un ouragan
pour frapper la fierté des dieux
Depuis
Ils cultivent le malheur
Dans les yeux de nos filles
Dans les mots de nos garçons
Depuis
Notre colombe veut sauter
de la cathédrale
Mais
Toujours
L’arc en ciel coure
dans notre âme plus vite que le vent
Pour la germination d’un grain
de liberté
Nous avons creusé dans notre cœur
Un puits de sang
Depuis
Les pierres des dieux nous tombent dessus
Ils nous frappent dans le visage
Ils nous frappent dans le cœur
Ils nous frappent partout
où chaque lettre de la liberté
parle aux voix de tambour
Nous avons parcouru
de la porte du ciel au centre de la terre
Nous avons marché
de la terre- femme- chassée
Du lieu- homme- écartelé
À l’île- humanité- reconquise
pour dire à qui veut l’entendre
La verdure des plantes
Le rire d’un enfant
Le cœur d’une fille amoureuse
La première fleur du printemps
Les fleurs
avec la voix de l’eau pure
la lune
enceinte des épis de maïs
gloussent
‘’ma liberté n’est que conquise
votre liberté est don comme le soleil ‘’
Ils nous frappent dans le visage
Ils nous frappent dans le cœur
Ils nous frappent partout
où chaque lettre de la liberté
Parle aux voix de tambour
La liberté s’est jetée en moi
Chaque coin de mon être homme fait soleil
Je suis
le fils de la reine
poétesse
du chant nocturne
qui fait tomber les malédictions
Je suis
la fille du grand
roi guerrier
qui par son cri d’animal traqué
repousse les tempêtes de la mort
Je suis le fils
Je suis la fille
de la reine
piégée
du roi
crucifié
pour que le chemin de l’humain accompli
reçoive
de plein fouet
les pas de la liberté
Dans l’univers
La nuit se casse
Comme
un arc en ciel nouveau- né
Les brisées de lumière
forment un épi de races
Jaune
Rouge
Vert
Noir
Blanc
Bleu
Rose
Gris
Orange
Chaque morceau d’arc en ciel
Chaque morceau de lumière
Est un éclat de vie à jamais renouvelé
Nous avons baisé les sirènes de la révolte
Nous avons soufflé l’ovule des lumières
La liberté
Pour une éternité
Le monde s’illumine
Edy Fils-Aime
Présentation succincte :
Edy Fils-Aimé est un poète contemporain dont l’œuvre se distingue par une exploration profonde du langage et une remise en question des structures traditionnelles de la pensée. Son recueil de poésie, Les arbres ont le ventre creux, publié en 2012, illustre cette démarche en proposant une vision nouvelle de la poésie moderne.
La critique littéraire a décrit sa poétique comme une “aventure langagière” et un “procès intenté à la pensée judéo-chrétienne”, cherchant à repousser les limites de la folie et du fantasme. Cette approche aboutit à une “neutralisation du signifié”, créant un univers où le réel perd de sa substance, et où le poème devient hermétique.
Cette esthétique contestataire emprunte volontairement les sentiers du chaos et de la schizophrénie, offrant une vision nouvelle de la poésie moderne.
En plus de son recueil, Edy Fils-Aimé a partagé plusieurs de ses poèmes en ligne, tels que “Coup de voyelles” et “Les maux dits de la ville”, disponibles sur des sites dédiés à la poésie.
Ainsi, Edy Fils-Aimé contribue à la littérature contemporaine en proposant une poésie qui défie les conventions et invite à une réflexion profonde sur le langage et la réalité.






M E R V E I L L E U X