L’Histoire de Boan à Bas-Limbé : entre Man-Moïse et Mont-Carmel
Boukane News, 07-13-2024 – Les rumeurs qui ruissellent sur l’origine des sites mystiques d’Haïti sont d’une complexité singulière. Les révélations, les mythes sur l’apparition de la vierge, les légendes sur le monde invisible, la demi-vérité sur la diablesse, la trouvaille des saints dans les bois sont parmi les moindres anecdotes de références pouvant justifier la sanctification de ces lieux d’adoration. Néanmoins, l’histoire de Boan à Bas-Limbé est unique.
Lydia Cadet [Madan (Man)-Moise Jacques] est une servante religieuse connue du village. Lorsqu’elle est « sellée⁎ » par son esprit, elle se rend souvent à Saut-d’Eau, au pied du morne qui berce l’Habitation Rivot, pour une ultime célébration de la visite sur terre de son ange protecteur. En 1987, elle a introduit une union indiscernable entre Notre-Du-Mont-Carmel (la patronne catholique de la paroisse) et Boan, le maitre du Saut-d’Eau. Pour cause, elle a composé une chanson de parabole qui sera plus tard fredonnée par nombreux serviteurs du bourg :
« Mwen pral Saut-d’Eau nan pie Mont Carmel,
Mwen pral Saut-d’Eau nan pie Mont Carmel,
Man Moïse ramasel…. ».
Dans l’intervalle, chaque 16 juillet, les pèlerins sont invités à visiter le Saut-d’Eau de Bas-Limbé. Car, Man Moïse y organise une danse cérémonielle. Après la messe catholique, les syncrétistes (Catholique-Vodouisants=
Incontestablement, c’est à Man Moïse qu’on doit ce fabuleux sanctuaire campé sur le Mont-Cadet (Rivot). Elle a pu marier les forces mystiques de Boan à celles de Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Pour elle, les deux se partagent la fête du 16 juillet. Mont -Carmel boit de l’eau dans la Fontaine de Boan. À l’inverse, Boan pare la pluie dans le temple de Mont-Carmel. C’est-à-dire, les relations qui existent entre ces deux entités spirituelles sont des plus harmonieuses. On ne peut plus parler de la Mont-Carmel sans parler de Boan. L’une est représentée par l’image taillée d’une dame, l’autre est un serpent. Car, le mot Boan vient de BOA, reptile non venimeux mais qui étouffe ses proies avec sa queue.
Boan (Boa) est du Dahomey (Bénin)
Quand les noirs du Royaume du Danhomè ou Dahomey (Abomey, Allada, et Ouidah) arrivèrent à Bas-Limbé au 18ème siècle, ils se voyaient emprisonnés par la culture des Kongos majoritaires. Leur langue a disparu, leur cuisine ont fait feu de paille, mais seul leur Vodun (Vodou) demeure. À cet effet, ils se sont rassemblés pour célébrer la fête du Boa. Cette pratique existe encore au Bénin. Le chercheur, Jean Tadagbe, l’explique : « Vodoun Dangbé (Python regius), le serpent bon, parce que non venimeux, symbolise la continuité de la vie avec ses bonheurs et ses malheurs. Au Bénin, le python, pour une certaine frange de la population, est une divinité à part entière. Il y a le python royal, 1m 50 de long et 18 cm de circonférence, le python du Sebha. C’est celui que les gens appellent communément Boa. Il peut mesurer 12 mètres. L’une des marques visibles de l’adoration du reptile est la cicatrice sur le corps et particulièrement sur le visage. Une grande cérémonie est prévue tous les sept ans à cet effet. En général, cela se passe au mois de janvier ou de février » (Tadagbe, 2020). En d’autres termes, Man-Moïse n’a fait que raviver une célébration ancestrale. Désormais, la Boan (Boa) est un des rendez-vous mystiques les plus populaires d’Haïti.
Le Bas-Limbé s’enorgueillit d’être la terre de la survie des mœurs de nos aïeux. Ils sont nombreux les croyants qui visitent le Bas-Limbé pour s’adresser à Boan (Boa). Les uns à la quête du bonheur, les autres réclament la justice. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait une offrande spéciale à l’endroit de cet esprit. L’abattage d’animaux, le paiement en effectif, les fleurs, le rhum, l’or et l’argent ne manquent point.
Certainement, la fête de BOAN (BOA) vient de s’ajouter au calendrier mystique du pays. Depuis 1987, les pèlerinages s’y prolifèrent. Le hasard et la volonté de sa mère fondatrice Lydia Cadet (Man Moïse), la coïncident avec la Mont Carmel, chaque 16 juillet au lieu du janvier ou février traditionnel des noirs du Dahomey.
Boan (Boa) à Bas-Limbé est plus qu’une divinité. C’est une histoire écrite, sans ni plume ni sans parchemin, par une simple servante (Man-Moïse) qui savait à peine lire. Aujourd’hui, le Saut-d’Eau de Bas-Limbé, le fief de Boan, est connu nationalement, grâce à sa sagesse. Boan est aussi, l’un des témoignages vivants du passage des fon du Dahomey sur la terre d’Haïti. Boan symbolise la résistance des cultes africains contre les confessions occidentales. Les injures des protestants, les moqueries des catholiques et les ironies des protestants n’ont aucun préjudice sur cette tradition séculaire. La Mont-Carmel est renforcée par la Boan. Man Moïse a su bien ramasser les débris les plus originaux des croyances du Royaume du Dahomey.
* Sellée : être en transe
Références :
Tadagbe, J. (2020). Aujourd’hui, 10 janvier, c’est la fête du Vodoun au Bénin.
Atlas Obscura. (2022). The Temple of Pythons
André, J.M. (2017). Bas-Limbé : 250 ans d’Histoire.
Prof. Jean-Rony Monestime André
BA en études interdisciplinaires/Histoire ; Spécialiste en Relations Haïtiano-Dominicaines
MHA ; Candidat-PhD en Sciences de la Santé
CRC/CRA-en Recherches Cliniques ; Certifié en Génome Humain
Professeur à Seton Hall University, NJ






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