Haiti 2024, entre les ténèbres et la lumière !

Haiti 2024, entre les ténèbres et la lumière !

Joel Leon

Boukan News, 12/24/2023 – Le peuple n’aura pas un temps de répit pour l’année 2024. Pas de trêve de fin d’année, sans merci les politiciens attaquent le gouvernement, les gangs kidnappent et tuent comme d’habitude, l’international est à bout de formules magiques, la force d’occupation kenyane attend le verdict du juge Chacha Mwita…Haïti chauffe le chaud et le froid !

Le 25 octobre, plus d’une douzaine de politiciens lançaient un ultimatum à Ariel Henry pour qu’il dégage, sinon « sa l pran se pa l ». La réalité est que la date fatidique du 7 février 2024 s’approche dans l’indifférence du premier ministre qui ne les prend pas au sérieux. Les lanceurs d’ultimatum, curieusement, n’en parlent plus.

D’après une source digne de foi, Claude Joseph, au cours de l’arrestation de sa « Baby momma », Stéphanie Mondestin, il s’affola amèrement et plaça un appel au premier ministre Ariel Henry pour la libérer. Effectivement, le commissaire du gouvernement, Mr Jean Edler Guillaume, inventa l’humanitaire pour libérer la fille et expédier du coup le dossier au cabinet d’instruction. Comme on le sait, généralement et spécialement en politique, c’est une question de « donan donan », Ariel Henry en avait profité pour ramener son ancien ministre des affaires étrangères à la raison. Depuis lors, Claude Joseph négocie !

Edgard Leblanc, qui n’est plus blanc comme la neige s’est rendu aux blancs, lui aussi ne parle plus d’ultimatum. Il négocie !

Ariel Henry, flanqué de ses ministres et autres hauts responsables de l’état, se sont déclarés prêts à comparaitre par devant le juge qui instruit l’assassinat odieux de l’ancien président Jovenel Moïse. Paradoxalement, la veuve du président, madame Martine Moïse, jusqu’à présent est réticente pour répondre à l’appel du juge. Pourtant, la justice haïtienne semble finalement se débrouiller à emboîter le pas à la justice américaine qui a déjà jugé et condamné à vie environ une demi-douzaine de coupables.

Guy Philippe, après avoir purgé 6 ans de sa peine de 10 ans aux États-Unis pour blanchiment d’argent de la drogue, débarqua en Haïti avec une forte énergie entretenue par une colossale pression médiatique. Moins d’un mois après, Guy est introuvable, la république respire mieux !

Les négociations sont renvoyées aux calendes grecques, mais dans les couloirs de l’OEA on en parle encore. Les Etats-Unis réitèrent sa volonté de verser 200 millions de dollars dans les caisses Kenyanes pour qu’ils prennent le commandement des troupes qui auront à fouler le sol de Dessalines. Toutefois, il n’y a pas encore beaucoup de preneurs pour compléter les 450 millions manquants. Le ministre de l’intérieur du Kenya ne pouvait être plus que clair, pas d’argent, pas de force d’intervention, « Li pap achte chat nan makout se rale peye kalanm planm, li pa egare ». Même quand le Kenya a déjà sécurisé la promesse de la Banque Mondiale de verser 12 milliards de dollars dans son economie pendant une période de 3 ans, William Ruto, le président du Kenya, veut encore et encore !

En réalité, nous constatons à la théâtralisation de la vie politique haïtienne. Des acteurs intransigeants qui n’arrivent pas à se mettre en phase avec la dimension complexe de la crise systémique avant-coureur. Celle qui annonce la naissance d’une autre société, d’un autre système, dominé par d’autres règles beaucoup plus dynamiques et humaines en conformité avec le temps. C’est ce qui explique la douleur de la république, car le nouveau-né est très gros pour avoir passé trop de temps à l’intérieur. Au moment où nous sommes, tout est prêt pour une opération césarienne : forceps, ciseaux, gangs…Le problème, ce sont les leaders, ils ne sont pas encore prêts pour remplir cette mission historique.

En général, les changements systémiques aussi profonds sont impossibles sans l’existence de grands leaders ayant un sens poussé de l’histoire. Il faudrait un Toussaint Louverture, un Jean Jacques Dessalines, un Henry Christophe, un François Cappoix…pour transformer les revers en victoire et les rêves en réalité pour aboutir au 1er janvier 1804. Aujourd’hui, c’est l’heure de l’intelligence, pas seulement des diplômes. Il nous faut plus de cerveaux que de bras. Malheureusement, les cerveaux sont minoritaires, mais pour combien de temps encore !

Jujitsu, c’est la capacité de retourner les forces de l’ennemi contre lui-même, spécialement lorsqu’il est plus puissant que vous. Nous avons besoin dans le paysage politique des spécialistes dotés de la rare capacité de lire les déplacements des ennemis du pays afin d’anticiper les coup-bas. Cela me renvoie à la bataille de « Cannae » qui prit place le 2 août BC entre l’empire Romain, commandé par les consuls Lucius Aemilius Paullus et Gaius Terentius Varro contre le Carthage commandé par le général Hannibal en personne. Rome se présenta au combat avec 85.000 soldats de métier, aguerris, équipés et très expérimentés . Hannibal, le général noir, disposait de 50.000 hommes, majoritairement des barbares qui ignoraient tout de la science de la guerre. Après le sanglant affrontement, les Romains avaient perdu plus de 70.000 soldats contre 6000 hommes de Carthage. Cet affrontement est étudié et enseigné dans toutes les écoles militaires du monde comme un spécimen consacrant le triomphe de l’intelligence (Brain power) sur la force brutale.

C’est pourquoi que je suis resté très confiant quant à l’avenir d’Haïti, nous vaincrons. Cette synergie qui existe entre les Haïtiens vivant à l’étranger et ceux qui sont en Haïti est l’indiscutable symbole de l’avenir de notre république. Il y a un concept appelé « Quantum Entanglement », qui décrit un phénomène rare et étrange qui retient des hommes profondément connectés entre eux en dépit du fait qu’ils vivent à 1000 années-lumière les uns des autres. Ce binôme extérieur/intérieur est l’essence qui donnera naissance à une république d’Haïti à la hauteur de son histoire !

Joel Leon

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *