Revisitons le boycottage du bicentenaire, le 1er janvier 2004 !

Revisitons le boycottage du bicentenaire, le 1er janvier 2004 !

Joel Leon

Pennsylvanie, USA, 06/25/2023 – Le boycottage de la célébration de l’indépendance haïtienne en 2004, par les élites haïtiennes elles-mêmes, peut être attribué à un « crime de lèse-patrie ». L’acte fut une « atteinte aux intérêts ou aux symboles de la patrie, moralement considéré comme un crime ». Il n’y a aucune justification auto-flagellatoire par rapport à un événement de cette magnitude historique qui arrive tous les siècles. La célébration du bicentenaire de l’indépendance haïtienne devrait être un engagement au-dessus de tout clivage politique ou sensibilité idéologique. Car, chaque compatriote porte en lui-même un pouce de cette unique épopée qui a donné naissance à la république nègre d’Haïti. Les élites américaines avaient bien compris le caractère sacré d’une commémoration pareille, et ceci depuis 1876 !

Le 10 mai 1876, débuta l’exhibition internationale du centenaire de l’indépendance américaine, dans la ville mythique de Philadelphie, ou l’acte de l’indépendance a été rédigé et signé, le 4 juillet 1776. L’histoire rapporta que 37 nations y participèrent, 14420 businesses exposaient leurs productions, 10 millions de visiteurs y défilaient pendant six mois, jusqu’au 10 novembre. Cette exposition fit la une de tous les journaux européens pendant des mois. Car, il y avait tellement de choses à reporter, en particulier les nouvelles inventions, telles que : le téléphone, la machine à taper et à coudre…En fait, ce fut une démonstration de « l’Amérique hégémonique » dans sa genèse, mais qui annonçait déjà sa fulgurante hégémonie à travers l’internationalisation de la « doctrine de Monroe » sur toute la planète.

Sans vouloir simuler l’Amérique, Haïti, qui donna naissance au premier épitre nègre libre du monde devrait une célébration hors du commun, afin de profiter économiquement au maximum des faits d’armes de nos ancêtres. Et, du coup inaugurer une nouvelle audience internationale au pays après des décennies poinçonnées par de béantes meurtrissures. On a gâché l’ultime opportunité de se réaffirmer comme « la race supérieure de l’Afrique », pour parodier l’autre.

Quelques jours avant le 1er janvier 2004, sur les ondes de la « Radio Métropole », Paul Latortue, l’une des plus belles têtes intellectuelles du pays, déclara, et je cite : « Nous ratons la célébration des 200 ans, nous devons nous préparer à fêter grandiosement les 300 ans en 2104 ». Un académicien de sa trempe, qui jouit d’une réputation internationale étendue, notamment à Porto-Rico où il a vécu une bonne partie de sa vie et en Haïti où il est très vénéré comme le chantre de l’intelligence, comment a-t-il pu déclarer une telle baliverne.

1804, n’appartient pas seulement à un groupe d’Haïtiens, c’est l’affaire de tout patriote. Il dépasse les limites politiques et idéologiques, c’est le point de rencontre qui cimente tout homme et toute femme du pays. Sans oublier son caractère universel qui l’étend à tous les peuples de toutes les cultures de la planète. Boycotter la célébration de 1804, c’est s’aliéner et priver les intraitables défenseurs de la liberté du monde entier d’un lieu de pèlerinage, d’une mémoire éternelle, d’un hommage à l’homme…

Au cours d’une conversation avec un intellectuel Nord-Américain, il a déclaré et je cite : « Mr Leon, rien ne m’étonnera encore d’Haïti après le triste spectacle du 1er janvier 2004, vous êtes capables de la plus belle création humaine comme de la pire des bêtises de l’histoire », il poursuivait en ajoutant que « Si vous n’arrivez pas à établir la différence entre l’intérêt personnel et celui de la nation, je ne vois pas comment qu’Haïti parviendra à remplir la mission historique que Dieu lui est assignée ».  Il m’a exprimé sa consternation plus de 12 ans après les événements de 2004.

Comment a-t-on pu arriver à tourner complètement le dos à la république au moment même qu’elle s’attend à prendre sa revanche sur ses calomniateurs qui depuis exactement deux siècles de constante vandalisations. On ne souciait plus de la portée de la date du 1er janvier 2004, comme des fous furieux on se tirait de rafales de balles dans les pieds. Et, malgré l’atrocité de la douleur et les cris assourdissants de la république victime, on n’a pas arrêté le massacre. Le plus grand paradoxe, c’est que les deux camps se réclamaient de la république et parodiaient leur patriotisme au pays. Comment concilier cette position de boycottage de la célébration du pays avec le bien-être de la république. C’est une équation impossible à balancer, car les intérêts d’Haïti devraient s’imposer à tous qui solderait par une cessation du conflit.

En dépit de la profonde animosité qui existait entre le pouvoir de l’époque et l’opposition, ils pouvaient déclarer un cessez-le-feu pour une période ne dépassant pas une semaine, juste pour compléter la célébration des deux ans d’existence d’Haïti. Ils pouvaient reprendre la guerre fratricide après l’échéance de la trêve.  L’opposition avait aussi le choix d’organiser sa propre commémoration patriotique, parallèlement à celle d’Aristide. Il y avait d’autres choix beaucoup plus convenables à l’honneur nationale, mais consumés par la haine, tout élan de créativité fut éteint et évacué de la tête des politiciens et hommes d’affaires. Ainsi, le 1er janvier 2004, qui devrait être un jour de gloire et de joie a été converti en un moment de la honte ou le crépitement rugissant des balles s’obligeait sur toute la république.

Quel gâchis !

Joel Leon

One comment

  1. I have read that some British citizens went to Haiti in 1904 to see what the Haitians did with Haiti. They saw pigs in the street, and generals all over, they say they should take back that country from the Haitians. If there descendants went to Haiti in 2004 they would have the same sentiments in observing the same vista. I will work to change that canvas to Sove Lone the next generation.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *