Ben Dupuy, le Révolutionnaire Éternel !

Pennsylvanie, USA, 06/03/2023 – Benjamin Dupuy, plus connu comme Ben, nous a quittés le 23 avril dernier à l’âge de 91 ans. Donc, Il avait joui d’une longue vie, même quand la révolution tant attendue est toujours dans l’impasse.
Avant tout, j’ai rencontré Ben Dupuy en personne au congrès de Saint-Jean Bosco qui allait donner naissance à l’organisation « Assemblée Populaire Nationale-APN », puis transformée en « Parti Populaire National-PPN » en 1997. Nous étions déjà en 1986, soit quelques mois après la fin de la dynastie duvaliérienne, après 28 ans de règne sans partage, le 7 février 1986. Ce congrès fut une alternative à celui des petits bourgeois, organisé du côté de Carrefour (Thorland) qui allait créer le « Congrès national des Mouvements Démocratiques-CONACOM », que Ben plaisait à qualifier d’initiative bourgeoise.
En fait, ce fut l’une des deux rhétoriques simples et directes de Ben. Il parlait constamment de la « bourgeoisie compradore », de la petite bourgeoisie réactionnaire et de l’impérialisme. Pour lui, toute libération d’Haïti doit nécessairement passer par le démantèlement de ces entités antinationales. Ce discours simple passait beaucoup de citoyens et citoyennes bien à Port-au-Prince comme dans sa ville natale, le Cap-Haitien, ce qui avait donné lieu à une forte base politique dans ces deux régions.

Moi, je fréquentais presque tous les foyers de gauche connus du pays, du trotskysme au guevariste en passant par le maoïsme ou le marxisme-léninisme, mais le « Parti Unifié des Communistes Haïtiens-PUCH » fut mon quartier-général. Là, il y avait une petite bibliothèque bourrée de livres sur les prouesses révolutionnaires mondiales à consulter sur place. Ce fut un espace où les discussions politiques ne s’arrêtaient jamais. Les conférences prononcées par René Théodore ou Max Bourjolly tous les mercredis et samedis soir étaient dignes d’une université formelle, « le marxisme était enseigné dans son art consommé » …À la maison, j’avais eu mes livres et les fameuses publications de « Haïti-Progrès ou Mouvement Haïtien de Libération-MHL » pour continuer la formation politique et idéologique.
Haïti-Progrès, pour moi, avait été essentielle et a irréversiblement marqué ma vie de militante pour le changement. C’est grâce aux pages du milieu de cet hebdomadaire que j’avais découvert pour la première fois, la volumineuse littérature révolutionnaire du continent africain. J’ai pu étudier l’histoire glorieuse et sanguinolente de ces dirigeants révolutionnaires comme : Dos Santos, Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Samora Machel, Amilcar Cabral, Thomas Isidore Noel Sankara, Nelson Mandela…Par la suite, j’ai pu approfondir les consultations avec les bouquins de Jean Ziegler, Ngugi wa Thiong’o, Ayi Kwei Armah, Frantz Fanon, Albert Camus, Cheikh Anta Diop…et d’autres écrivains qui ont beaucoup produit sur l’Afrique.
Sur ce point, Ben Dupuy apporta une incontestable contribution dans la formation politique, idéologique et sociale de la génération de l’après 1986. Toutefois, Ben Dupuy n’était pas le seul !

Il y avait Gérard Pierre-Charles qui priorisait l’Amérique Latine dans sa contribution analytique; l’Institut Mobile d’Éducation Démocratique-IMED, composé de Michel Soukar, très jeune, de Victor Benoit, Michel Hector…qui initiaient les jeunes à cerner la politique haïtienne à travers des analyses socio-historiques…Sans oublier des érudits, tels que: Roger Gaillard, Lesly Manigat, Jean Dominique, Roger Dorsainvil, Roger Petit-Frère…En revanche, Ben Dupuy s’opposait catégoriquement à toute cette bande d’intellectuels et de politiciens.
Ben Dupuy a toujours été un révolutionnaire d’un genre particulier. Son approche était purement radicale. Donc, tous ceux qui n’adhèrent pas au marxisme-léninisme, en termes de vision historique, ou adoptent la lutte des classes comme porte d’entrée de la compréhension de l’histoire sont systématiquement lapidés dans l’hebdomadaire « Haïti Progrès ». Le discours anti bourgeois et ses corollaires intellectuels furent combattus avec une rigueur consommée. Ce qui explique qu’on ne l’a jamais trouvé partie prenante d’aucune association avec la classe intellectuelle et politique ou s’exprimer dans les médias traditionnels. Ainsi, il utilisait ses émissions radiophoniques via une cassette pré-enregistrée qui diffusait sa pensée et sa compréhension conjoncturelle de la politique, toujours à la lumière du grand projet révolutionnaire marxiste-léniniste.

« Assemblée Populaire Nationale-APN » adoptait toujours des positions radicales et divergentes de toutes les autres organisations ou personnalités qui se réclamaient de la gauche animant la vie politique en Haïti. L’APN a toujours été seule dans ses emplacements. Toutefois, Ben Dupuy avait toujours été un allié sûr de Jean Bertrand Aristide, qu’il avait lui-même proposé comme membre d’un autre « Conseil National de Gouvernement-CNG » qui devait remplacer celui du des militaires. Ainsi, le président Aristide l’avait nommé ambassadeur itinérant dans la première version Lavalas en 1991. Il jouait un rôle essentiel et de confiance sur des dossiers sensibles de l’élu du 16 décembre 1990. Ben fut chargé des démarches du gouvernement Haïtien d’ouvrir le pays sur le monde. A commencer par l’établissement des relations diplomatiques avec des pays Africains, notamment le Nigeria, le Congo, la Guinée, le Benin…. Ben Dupuy, en dépit de sa position politique indépendante, menait ces missions d’avant-garde vers la Scandinavie, ainsi, il visitait Le Norvège, la Suède…et projetait de se rendre chez les peuples de l’Europe du Nord en quête de nouvelles coopérations pour Haïti. Mais, la Chine fut le principal choix géostratégique du gouvernement haïtien de l’époque, Ben Dupuy visitait Beijing en deux occasions. Cependant, l’ancien président Aristide n’a pas appelé les membres de la famille pour présenter un hommage à Ben Dupuy, probablement il n’a pas de point de contact.
Je dois ajouter que j’ai publié ma première poésie dans les colonnes de l’hebdomadaire Haïti-Progrès, c’était en 1986. En exil, via le Dr Frantz Latour, qui fut son éditeur, j’ai recommencé à publier dans ses colonnes à partir de l’an 2000, puis continuer ma publication dans Haïti-Liberté avant de fonder « Boukan News ».
Ben n’a jamais été un ami personnel avant les 5 dernières années. J’avais toujours une grande estime pour ses positions de principe. Il n’avait jamais essayé de compromettre sa morale politique ni son engagement révolutionnaire. Il est reconnu comme l’un des rares hommes politiques qui n’avait jamais vacillé. C’est une promesse qu’elle a tenu jusqu’à sa récente mort.
Près de trente (30) ans après, j’ai rencontré le même Ben Dupuy, porteur des mêmes verbes. L’homme n’a pas changé d’un pouce. Il avait conservé son engagement révolutionnaire anti-impérialiste jusqu’au dernier jour de sa vie. Au cours des 24 derniers mois, j’avais beaucoup communiqué avec lui, et ceci pendant des heures à chaque appel, j’ai pu réaliser certaines conclusions.

S’il est vrai que Ben Dupuy fut un radical dans la pensée comme dans l’action, cependant il n’avait jamais eu tort. Son analyse de la situation socio-politique pendant les 35 dernières années était toujours correcte. Les coup-bas et défections des leaders politiques sautent aux yeux ; le mensonge des éléments de la petite-bourgeoisie intellectuelle à l’égard de leur choix révolutionnaire a été publiquement dévoilé ; les limites des lumpens quant à la poursuite d’une lutte révolutionnaire sont visibles…J’avais eu la chance d’aborder des sujets pertinents sur le passé, lui-même et l’avenir d’Haïti…Il fut clair que seule une révolution peut libérer le pays cette vorace caste dominante, de cette classe politique inféodée aux intérêts du grand capital financier international et de ces faux révolutionnaires qui ne jurent que par la mesquinerie de leur intérêt personnel. Donc, Ben Dupuy avait vu juste. Certainement il a commis des erreurs, qui n’a pas fait de mauvais jugements ? Sauf ceux qui regardent seulement, mais ne participent jamais. On a tout dit de lui, mais unanimement, on respecte sa consistance dans la lutte et sa loyauté envers son idéologie. Il est mort marxiste-léniniste !
En dernier lieu, trois semaines avant sa mort, quoique à l’hôpital, il m’avait réitéré sa mise en garde contre tout éventuel retour au noirisme. Car, cela risque de pousser la population à commettre un pogrome dans le pays contre les personnes à peau claire. Car, cette campagne démagogique orchestrée par le PHTK contre les soi-disant « Syro-Libanais », pour lui, représente une urgente menace à prohiber par tous les moyens. Il percevait cet aspect comme une tentative de récupération réactionnaire des avancées de l’après 1986, parce qu’elle rejette la lutte des classes comme moteur de tout mouvement historique pour le changement.
Une fois, J’essayais de lui faire comprendre comment que ses écrits, réflexions à l’hebdomadaire « Haïti-Progrès » ou dans des émissions radiophoniques avaient eu des impacts profonds sur le devenir de toute une génération. Il avait tout fait pour ne pas en tenir compte, c’était tout simplement une obligation militante qui ne méritait pas d’applaudissements.
Benjamin Dupuy, l’éternel révolutionnaire, n’est plus !
Joel Leon






Ben ce grand homme, cet Haitien consequent n’est pas mort il vivra toujours parce qu’il restera à jamais dans notre memoire.
MOUN PRENSIP, KONSEKAN, KI BATAY POU CHANJMAN E PLIS. LE CORPS N,EST PLUS MEN PAWOL AK ZAK LI YO RETE. BONNE TRAVERSÉE MONSIEUR LE RÉVOLUTIONNAIRE!