Le pouvoir politique Lavalas-OPL après 1994 (texte # 3)

 

Pour ce mois de mai, dans sa collection, “écrire pour ne pas oublier”, subdiviser en plusieurs textes (7), professeur Esau Jean-Baptiste partage, aux lecteurs de Boukan news, sa compréhension sur la crise politique haïtienne, qui n’est autre qu’un processus de “gouverner par le chaos”.

Le pouvoir politique Lavalas-OPL après 1994 (texte # 3)

Esau Jean-Baptiste

New York, 05/11/2023 – Héritier d’un lourd héritage fait du compromis de retour de l’ancien chef d’État avec la communauté internationale en 1994, le nouveau président était dans l’obligation de réussir là où son prédécesseur avait échoué.  Donc, parvenir à la réalisation de son programme politique dépendrait du choix politique, mais surtout économique que devrait faire la nouvelle administration avec les bailleurs internationaux.

Fondamentalement, le gouvernement avait opté pour le plan néolibéral. Cependant, même avec une majorité dans les deux chambres, la bataille, se rappelle-t-on, n’était pas facile pour le Premier ministre et son équipe.  À l’intérieur même de la 46e Législature, qui apparemment provenait de la même tendance politique puisque l’OPL avait une majorité dans les deux chambres, le conflit était grandement ouvert entre ceux-là qui supportaient le plan néolibéral et ceux qui s’y opposaient.

D’un autre côté, manipulés par une certaine tendance forte sur le terrain, presque chaque jour des manifestants étaient dans les rues pour montrer leur opposition au processus de privatisation de certaines institutions publiques.

Faire obstacle aux groupes très forts d’opposants au plan néolibéral n’était pas chose facile pour les nouveaux dirigeants.  Ils avaient fait face chaque jour à un groupe de manifestants qui avaient pris goût à se manifester dans les rues, non seulement pour revendiquer leurs droits socio-politiques, mais aussi l’utiliser à des fins personnelles, puisque bon nombre d’entre eux étaient manipulés par un grand baron d’une certaine classe politique très forte et habile sur le terrain.

Quand ils n’investissaient pas les rues, ou faisaient sentir leur influence au parlement, armés de leur pouvoir politique, économique et leurs forces de persuasion, les ennemis au mouvement de privatisations du gouvernement étaient dans les médias pour faire passer leurs revendications contre le processus déjà enclenché par la nouvelle équipe au pouvoir.

Face à toutes ces pressions politiques venant des manipulations de ces secteurs susmentionnés, le Premier ministre avait fini par démissionner de son poste. Après sa démission, le parlement avait refusé de voter plusieurs de ses Premiers ministres désignés par le chef de l’État d’alors.  Ainsi, ce conflit politique et social provoqué par cette affaire du plan néolibéral avait plongé le pays dans un cycle chronique d’instabilité politique.

Durant plusieurs mois, le pays était administré par un chef de gouvernement qui dirigeait seulement les affaires courantes. Puis, comme une crise dans la crise, le renvoi de certains parlementaires dont leurs mandats étaient arrivés à terme avait compliqué, davantage, le processus démocratique. De cette instabilité continue, l’économie haïtienne a connu de profondes dislocations.

Finalement, le président, dans un accord politique avec les acteurs de l’opposition, avait finalement trouvé un Premier ministre pour remplacer celui qui réglait les affaires courantes. Ce qui fait que, avec un mandat bien précis d’organiser des élections, le Premier ministre de consensus avait été installé à la Primature.  Ce qui fut fait en mai et novembre 2000, il y avait eu, respectivement des élections législatives et présidentielles au pays.

Au bout du compte, les élections législatives de mai et présidentielles de novembre 2000 n’avaient pas changé les données politiques et économiques.  Sinon, elles n’avaient fait qu’ajouter une autre crise de plus dans la crise vieille de plusieurs mois.

En dépit des controverses autour des élections législatives de mai et présidentielles de novembre 2000, il y eut donc des parlementaires en fonction et une autre passation de pouvoir exécutif entre les deux frères jumeaux.  Cela étant, le président sortant se retirait de la capitale pour mener une vie paisible dans la ville de Marmelade dans le département du Nord.  Il restait loin de Port-au-Prince et de ses activités politiques.

Dans l’intervalle, les turbulences politiques ayant marqué les élections contestées de mai et novembre 2000 ont conduit Haïti vers une situation économique désastreuse ainsi qu’un climat politique hautement volatile et polarisé.   Pire que l’héritage laissé par les duvaliéristes, l’État afin de pouvoir créer les conditions de sécurité et de stabilité en Haïti.

Entre-temps, le nouveau président qui était à son second mandat était non seulement isolé par des amis d’hier de l’international, mais aussi affaibli sur le terrain par une frange de la classe politique de l’opposition. Ne parlons pas de la classe oligarchique des affaires qui était toujours farouche non seulement à sa personne, mais aussi à son programme de changements sociaux pour les masses défavorisées qui croupissent dans les quartiers pauvres depuis après l’assassinat du père fondateur en 1806.

Contrairement à 1991, cette fois-ci, ce chef d’État était arrivé au pouvoir dans un contexte beaucoup plus difficile que lors de son premier mandat le 7 février 1991. Il charriait avec lui les conséquences des élections controversées du 21 mai et du 26 novembre 2000.  Et en dépit de sa large popularité sur le terrain et de son charisme à trouver des mots pour convaincre leurs opposants, la classe politique et la communauté internationale se montraient peu enthousiastes, faisant montre même d’une indifférence totale à son égard.

C’était ainsi sous l’égide de l’Organisation des États Américains (OEA) que le parti Fanmi Lavalas et l’opposition se sont amenés à négocier la crise post-électorale de mai et novembre 2000. De ces négociations, plus d’une dizaine de rencontres se sont tenues.  En dépit des propagandes faites autour de ces rencontres, elles restaient infructueuses et n’avaient pas permis aux protagonistes de vider les contentieux. Malgré, d’une part, l’insistance de la communauté internationale, et d’autre part, la bonne volonté du leader de ‘’Fanmi Lavalas’’, les deux parties ne parvenaient pas à un accord.  Comme le temps passait, et en termes de compromis politique, rien ne se passait, donc le pays faisait face à une confrontation armée.

Esau Jean-Baptiste

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