Une compréhension du processus de gouverner par le chaos…( Text 1)

Pour ce mois de mai, dans sa collection, « écrire pour ne pas oublier », subdiviser en plusieurs textes (7), professeur Esau Jean-Baptiste partage, aux lecteurs de Boukan news, sa compréhension sur la crise politique haïtienne, qui n’est autre qu’un processus de « gouverner par le chaos ».

Une compréhension du processus de gouverner par le chaos…

Esau Jean-Baptiste

New York, USA, 05/08/2023 – Est un ensemble de textes qui, à travers une politique de bric-à-brac et de méli-mélo dans les labyrinthes d’une démocratie qui n’en finit pas, cherchent à comprendre le phénomène macabre de gouverner par le tohu-bohu pour que règne en permanence le chaos.

 Tout en cherchant à comprendre comment cela avait commencé après le départ pour l’exile du dictateur Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986, ces textes sont aussi juste une tentative de rappel qui pourrait être utilisé comme outil de prévention pour qu’à l’avenir les gouvernés et gouvernants d’Haïti, face aux dominances de l’international, ne se reproduisent pas les mêmes erreurs du passé.

Ivan Rioufol écrit : «Un État qui abîme l’identité de la nation, ne maîtrise plus la sécurité des personnes, étouffe les créations d’emplois est un État qui ne rime plus à rien.» C’est à cette phase qu’est Haïti d’aujourd’hui, un État en mauvais état et qui est, certainement, dans un état incertain.

Certes, depuis le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986, le pays demeure politiquement instable. Il est le pays le plus pauvre de l’hémisphère, selon des experts internationaux qui, de leur côté, détiennent une part non négligeable de responsabilité dans cette instabilité politique et crises économiques qui prévaut en Haïti. C’est précisément ce qui frappe davantage le fait que cette misère chronique soit considérée comme normale par les autorités et les gens de la classe possédante du pays.

Le contraste entre ces hommes et ces femmes aisés, qui exhibent leurs richesses par leur train de vie, leurs voitures de luxes, leurs tenues vestimentaires et leurs bijoux, et les autres qui vivent dans des bidonvilles déshumanisés où, le plus souvent, ils meurent de faim, ne peut laisser personne indifférent. En un mot, Haïti est le pays de deux peuples, de deux modes de vie contrastés.

Après plus de trente-sept ans du départ du dictateur, le bilan est lourd et catastrophique. Plus de trois décennies après le 7 février, c’est une nation divisée, déchirée entre ceux qui ont tout pris et ceux qui n’en ont absolument rien trouvé. C’est aussi un pays indépendant sous la dépendance de la communauté internationale.

Pendant longtemps, Haïti était le pays où la capitale elle-même était complètement séparée du reste du pays. Ce n’était pas seulement en termes d’infrastructures que la capitale était séparée du reste du pays, mais au niveau des services de base, c’était un monde à l’envers.  Le sociologue aussi bien que l’urbaniste qui écrivait sur Haïti vous diriez non seulement que Port-au-Prince était une ville qui défiait toutes les normes sociologiques de classes, ils vous diraient aussi que c’était un grand bidonville qui ne respectait pas les normes de l’urbanisation.

Mais aujourd’hui, sous le règne des bandits légaux qui, depuis les élections illégales de novembre 2010 et de mars 2011, c’est un pays qui est divisé en plusieurs territoires conquis qui dépendent directement des chefs de gangs et de leurs modes de fonctionnement.

Quand Haïti n’est pas présenté comme un état en faillite, certaine fois, l’international a tendance à la présenter comme étant le pays le plus pauvre de l’hémisphère. Quoique certains vous diront que Haïti n’est pas un pays pauvre, mais de préférence, un État appauvri.  État en faillite, pauvre ou appauvri, structurel et conjoncturel, Haïti en elle-même est très problématique. Et pourtant, pendant les trente dernières années, pour cette maladie chronique, le pays avait reçu la visite de pas mal d’experts à leur chevet.

Quoi qu’il en soit ou les raisons évoquées par certains pour expliquer cette pauvreté, il est une évidence qu‘Haïti est aujourd’hui très pauvre. Et cette pauvreté est due aux mainmises et ingérences respectivement aux affaires économiques et politiques des étrangers dès le tout début du 19ième siècle, particulièrement le versement de la dette de l’indépendance à la France. Mais restons de préférence dans le plan macabre de déstabilisation du pays qui, dans les labyrinthes d’une transition démocratique avait commencé après le 7 février 1986 et, malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, n’en finit pas.

Esau Jean-Baptiste, professeur

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