Daniel Larivière : In Memoriam
« Le Juste, dit l’Écriture, ne meurt pas tout entier ; il laisse derrière lui la trace de ses vertus. »
Boukan, 04/19/2023 – C’est avec une profonde émotion que L’Assemblée des Musiciens de l’orchestre Septentrional et Le Conseil Supérieur de l’Institution viennent déposer un tribut d’hommage devant la dépouille de Daniel Larivière : artiste-musicien, parolier, compositeur et arrangeur émérite de l’orchestre Tropicana au sein duquel il déploya tout son art pour favoriser le développement constant de la musique populaire de danse haïtienne.

Daniel Larivière naquit au Cap Haïtien en 1946, grandit dans cette ville dont le nom et les contours et développements historiques traduisent et expriment des choix et tendances en musique, en littérature, en politique, en beaux-arts et en architecture ; des tendances et des choix qui perpétuèrent l’énigme et l’expérience haïtiennes, en droite ligne avec la volonté manifeste des créateurs et artistes des provinces d’Haïti, celle des Gens du Nord en particulier, de vulgariser leurs talents et leur vision créatrice distincts en toute indépendance.
Daniel a compris et appris … De l’histoire culturelle du pays et du vaste champ de la musique populaire de danse urbaine haïtienne qui commença à peine à être explorée dans les années-cinquante, peu de temps après que la musique et la culture de notre pays brillèrent de mille feux lors de l’Exposition Internationale pour marquer le Bicentenaire de Port-au-Prince.
Jeune compositeur émérite, Daniel prit le parti de ne pas être un “suiviste”. En ce sens, il a su se démarquer des sentiers battus et de certains courants musicaux qui, dès cette époque, commencèrent à miroiter aux yeux du grand public. Plutôt que de bénéficier passivement des bienfaits de l’uniformisation rythmique, à l’instar de ses aînés musiciens et idoles de la ville ; il sut se démarquer de cette tendance en croissance exponentielle lors. Il décida d’innover ; et son grand et incontestable mérite se situe à ce carrefour. Pour lui, pas de subjugation musicale pour limiter son inspiration.
De la capitale ou de sa ville natale ? Il a su puiser dans notre riche creuset et laboratoire de culture populaire et de nos rythmes envoûtants pour habiller ses textes souvent d’une crudité désarmante mais sublime et enrichissante.
De ses compositions répertoriées durant un quart de siècle environ d’une production, à tout point de vue débridée et d’un encadrement robuste et vital dans l’orchestre Tropicana, il sera retenu quelques-unes de ses plus belles créations pluri-rythmiques pour illustrer cette assertion : Magerit, Zanmi, Idéyal Tropik, 24 Désanm, Yolande, Kanaval Viktwar, Antonia, Adrienne, Doux Tropik (séròm), Mariyèt, Ti Nèg, Kanaval Klòch la sonnen, Ti Jocelyne, Ventan, Frè kot papa, etc.
C’est avec l’arrivée de Daniel Larivière dans l’Équipe Musicale de l’orchestre, vers la fin des années-soixante, que Tropicana a cessé d’exister pour commencer à vivre. C’est à son indiscutable talent musical que Tropic, « La Cadence », a acquis en grande partie un rang honorable dans la phalange des groupes musicaux haïtiens de prestige.
Pour Daniel Larivière, ce ne fut pas seulement un devoir, mais un véritable plaisir de suivre les progrès de son orchestre. Il fut toujours heureux quand de nouveaux lauriers venaient couronner les efforts de la « Fusée d’Or », grâce à chacune de ses nouvelles compositions.
Daniel Larivière fut une véritable machine à tubes. En un peu plus de vingt ans de présence au sein de Tropicana (du milieu des années soixante jusqu’à la fin des années quatre-vingt), il fut de loin le pourvoyeur de hits pour l’orchestre ; 91 titres sur 156 enregistrés sur disques pendant son temps de passage en sont un témoignage éloquent.
Tous les capois, d’un âge certain aujourd’hui, se souviennent du temps où l’orchestre Tropicana animait, chaque vendredi, la première partie des séances cinématographiques à l’Éden Ciné … Daniel amena, au moins, un nouveau tube chaque semaine, une véritable prouesse.
« Une chanson, c’est d’abord le texte et ensuite la musique, disait Charles Aznavour ; elle doit s’écrire et se lire comme une poésie extraordinaire ». Au fil des années Daniel Larivière prit de la maturité et parvint, malgré la censure et le mouvement sociopolitique ambiant des années soixante -dix et quatre-vingt, à dénoncer, en des termes à peine voilés, les tares sociales de son époque : Tribulasyon, Jouda, Mové Souvnir, Dady, Ranku’n, Défo Gason, Si, Pwan Pasyans, Mizèr Maléré, Mwen Pagen ak Pèrson’n, Gason ak Fanm, Chèrché Pa’w, Lavi Dwòl, Anjélik, Ala Tray, Sa Fè Lapen’n, Supèrstisyon, Èspwar, Endisipli’n, Chaché Konnen, Le Mendiant ou Engratitud, etc … »
Toutes les bonnes choses ont une fin … Sa ki bon pa duré … ces liens Tropik/Daniel que l’on croyait indissolubles se sont subrepticement effrités jusqu’au divorce du couple en avril 1990 … Ainsi va la vie … union vs séparation, entente vs désaccord, présence vs absence, vie vs mort … etc.
Général’hui, L’Orchestre Tropicana, en particulier, perd en Daniel Larivière un ferme et précieux soutien ; et sa disparition cause dans le champ musical haïtien, en général, un vide qu’il sera difficile de combler.
Ce n’est qu’un au revoir, Daniel. Ton départ est de ceux qui font couler des larmes impassibles. Tu seras beaucoup regretté, ayant été beaucoup aimé par tes parents, tes amis, par les mélomanes et tes confrères de l’orchestre Tropicana à qui le Conseil Supérieur de l’Institution-Septentrional et l’Assemblée des Musiciens de l’orchestre présentent les condoléances les plus sincères.
Puissent tes familles biologiques musicale trouver une juste consolation dans les regrets unanimes que tu laisses derrière toi. De ton vivant, tu as cependant goûté à la suprême consolation de savoir que ton fils, Arly, à qui le Conseil Supérieur de l’Institution-Septentrional, nommément : Rochenel Ménélas -Pierre Joachim – Dr Harry Prophète – Dr Berne Paul – Louis A. Mercier – Me Wilfrid Suprena et Wilfrid Tony Hyppolite, le septentologue … à qui le Conseil Supérieur disions-nous et l’Assemblée des Musiciens de l’orchestre adressent leurs sincères condoléances. Ces deux organes de l’Institution-doyenne, Septentrional, souhaitent ardemment que ton fils, Arly, saura continuer sa vie de musicien exemplaire marchant dans la brisée des pas sur la voie d’honneur que tu lui as tracée.
« Le Juste, dit l’Écriture, ne meurt pas tout entier ; il laisse derrière lui la trace de ses vertus. »
Requiescat in pace ! Rest in peace ! Daniel, Ou pata fè nou sa !
Cap-Haitien, le 18 avril 2023
Pour le Conseil Supérieur,
Louis A. Mercier Chargé de Relations Publiques






