Quand on danse seul, on n’est pas loin de quitter la salle de danse, mais l’homme pensant peut – il se construire dans la solitude de son être ?

Port-au-Prince, Haiti, 04/12/2023 – Jovenel Moïse danse seul, parce qu’il n’est pas issu des beaux salons de Port-au-Prince. Il est en train de faire face à la solitude de son origine modeste. C’est navrant d’ avoir à le dire, mais c’ est un fait, mon pays est discriminatoire et bourré de préjugés.
Qu’est – ce qu’il a fait pour lui montrer la porte de sortie, après seulement vingt mois à la tête du pays? Est-il en infraction à la Constitution et aux lois de la République ?
Il est comme Aristide en 1990, victime de tous les préjugés du monde. Il est paysan, noir comme l’encre, on le trouve frêle, maigre, en lui, il n’ y a rien qui puisse ressembler à un chef d’ État. Même ceux qui lui ressemblent jusqu’au cou, ne lui pardonnent pas et attendent le moment idéal pour lui donner le dernier le coup à la tête. En Haïti, on nous présente un modèle de beauté qui nous pousse à nous détester, à nous haïr et ça fait longtemps que nous cessons d’ être nous-mêmes.
On déteste Jovenel Moïse, non pas pour son exercice du pouvoir jugé inefficace, mais pour ce qu’il est, et ce qu’il représente dans notre milieu, un petit paysan sans histoire. Il n’est pas le seul à ne pas avoir d’ histoire à raconter au monde. Son erreur, c’est de ne pas écrire l’histoire des sans histoires à travers sa propre histoire. Son erreur, c’est de ne pas comploter avec les laissés pour compte pour fabriquer son histoire et l’ histoire des autres.
Haïti, c’est un pays, à la fois drôle et curieux pour toutes sortes de raisons. Jovenel, a – t – il péché plus que les autres ? Sa gouvernance est-elle pire que les autres ?
René Préval avait pris des décisions qui lui auraient valu de son vivant la pendaison et la vengeance de toute une nation, pourtant la classe traditionnelle du pouvoir d’État lui avait donné des funérailles nationales pour les services rendus a nation. Préval n’est pas Jovenel. Jovenel est fils de paysan, lui-même est paysan. Il n’a pas d’histoire à dire, et on ne lui laissera jamais écrire sa propre histoire. Préval est le sacré de l’ oligarchie vendu au peuple comme un bon garçon, un homme de bon commerce, un madré de la politique traditionnelle qui savait comment se débattre et nager dans les eaux sales de la politique haïtienne pour amadouer tout le monde et tirer son épingle du jeu sur les dépouilles de la république.
Dans un pays aussi précaire comme le nôtre, peu importe le bilan des actions des chefs, il faut savoir comment mettre du pain sur la table de vos concurrents. Pour cette raison, Préval fait consensus au niveau des élites, à gauche, comme à droite, c’est l’ arroseur qui sait comment composer avec son monde.
Sa méthode de gouvernance, son exercice du pouvoir politique a donné du résultat dans cette société pourrie jusqu’à la moelle. Voilà, pourquoi René Préval est présenté par la presse locale, comme le plus grand président haïtien, parce qu’il avait réussi à compléter deux mandats présidentiels au détriment de son pays.
Les impatients cosmétiques, amoureux « du pouvoir jouissance » nous amèneront tout droit vers la catastrophe. La désolation sera totale. Faute d’alternative, face à l’anarchie des groupes rivaux, l’ étranger imposera sa solution au pays. L’étranger sera toujours maître de la politique chez nous, tout le temps que ce sont les réactionnaires qui donnent le ton à la vérité que nous cherchons tous ensemble.
Il faut se rappeler qu’en moins de dix ans, le pays avait connu deux occupations militaires étrangères, à cause des luttes interminables au sein des élites pour le contrôle de l’ espace politique haïtien. Cela traduit un problème de gouvernance très grave et la faillite des élites dirigeantes traditionnelles. Il faut quelque chose d’Extra pour sauver le pays de la montée des extrêmes.
Le peuple misérable et analphabète est pris au piège des réactionnaires. Hier, ils étaient au pouvoir, malgré leur bilan catastrophique, ils veulent reprendre du service dans le pays. Il nous faut barrer la route aux corrompus, aux assassins d’hier, en cas d’ une solution de recours, pour que le peuple ne renouvelle pas l’ échec à la tête du pays. L’heure est au bilan des politiques néfastes de tous les gouvernements qui ont amené le pays à ce stade de pauvreté chronique. La sanction est d’un côté, comme de l’autre. Ne soyez pas panurge qui se contente, la corruption est dans toute les chemises, l’ heure est au bilan global des politiques décidées par nos gouvernants au cours de ces trente dernières années. Le bilan de Préval et celui de tet kale est un bilan globalement partagé par l’ opposition à Jovenel. Le ver est dans le fruit. Soyons lucides et intelligents dans cette crise actuelle.
La lutte contre la mauvaise gestion du pays, la corruption et la médiocrité ne doit être sélective. Celle lutte doit être globale et générale.
Où sont passées les entreprises publiques haïtiennes ? Où sont passés la Téléco, ciment d’Haïti, minoterie d’Haïti, aciérie d’ Haïti, nos usines sucrières?
Comment sont gérées nos entreprises publiques, sont-elles utiles au peuple? A combien de pourcentage participent – elles au budget de l’État ? Les fonds générés par ces entreprises, ont-ils aidé à résoudre certains problèmes liés à l’état social du peuple ?
La misère des masses populaires ne commence pas avec la présidence de Jovenel, soyons sérieux. Le pays était déjà à bout de souffle et à bout de tout.
En effet, il y a toute une série de mesures à caractère économique et social qui ont amené le peuple à cette situation. Pourquoi on n’en parle pas ? Il y a une raison à cela. On sait que le peuple haïtien évolue à l’oubli de son passé, l’ ancien peut facilement prendre corps dans le nouveau. C’est donc l’enjeu des combats à venir.
Le pays ne demande pas que le président ne lui décroche la lune dans un pays totalement ruiné. Il veut avoir l’explication sur la situation de l’État. Pourquoi le président Jovenel Moïse ne dénonce pas les corrompus au peuple ? Perd-il toute parole ? La politique est d’abord un discours. Le discours est la substance de tout. Il faut dire pourquoi cela est fait, pourquoi nous sommes là. Le silence du président sur les grandes questions d’ intérêt national l’ isole de son peuple, et de ce fait est exposé au moindre coup de force. A cette phase, il lui faut du recul nécessaire pour comprendre les choses et trouver les solutions appropriées. Le temps est à la réflexion.
Le peuple qui l’a hissé au pouvoir, en faisant de lui la plus grande force de l’État demande des comptes à l’ État. Pourquoi ne pointe – t – il pas les barons voleurs traditionnels qui ont mis la république en faillite ; pour que le peuple sache que ces gens n’ont pas d’ avenir dans cette société?
A cette phase, le président doit dire toute la vérité au peuple. Il doit s’affranchir de toute tutelle pour ne pas porter sur son dos les maux de tout un système en décomposition, et le blâme de toute une nation.
Va- t – il continuer à danser sans cavalier, ou acceptera – t – il enfin de percer le plafond obscur de la politique souterraine qui a valu tant de malheurs à ce pays? Et dans le cas contraire, à qui l’on donnera ce ticket pour ce nouveau bal ?
Face à la faiblesse du pouvoir, y- a- t- il un rapport de force qui se dessine de l’autre côté? Qui a la force réelle et la légitimité nécessaire pour imposer la solution à la crise actuelle ? Face à la faillite de l’État, de la société, la force n’est ni plus ni moins celle de la communauté internationale présente à travers les différentes ambassades occidentales en Haïti qui ont le contrôle sur tout. Les haïtiens, une fois de plus, perdront la possibilité de placer un mot dans la Situation politique de leur pays. L’ ONU, placera – t- elle un tribunal ad hoc en Haïti pour réprimer les crimes à caractère financier et économique dont les gouvernants d’ hier et aujourd’hui se seraient rendus coupables au cours de ces trente dernières années?
Me Sonet Saint-Louis av





