Environ 500.000 armes de guerre en circulation en Haïti, pourquoi faire ?

Environ 500.000 armes de guerre en circulation en Haïti, pourquoi faire ?

Joel Leon

Pennsylvania, USA, 03/21/2023 – Environ 500.000 armes de guerre sont en circulation en Haïti, c’est ce que m’a révélé un spécialiste en sécurité. Pour un pays qui n’est pas doté d’une armée régulière, c’est très anormal. Cela signifie que toutes ces armes se trouvent entre les mains des chefs de gangs qui, désormais, contrôlent presque 100% des quartiers de la capitale haïtienne. Cette réalité qui se développe en Haïti ne peut être le fruit du hasard, cela doit faire partie d’un plan de déstabilisation nationale concocté par des ennemis. A la lumière des expériences des pays, tels que la Somalie, le Rwanda, la Lybie…peuvent aider à saisir ce qui est en préparation en Haïti.

Les cas de Somalie, Rwanda et Libye : Similitudes avec celui d’Haïti

La guerre civile de la Somalie commença avec le coup d’État de 1991 « qui a renversé le général Mohamed Siad Barre du pouvoir, le conflit était inévitable. Une guerre civile attendue depuis longtemps a éclaté, déclenchée par l’Éthiopie. Le gouvernement a financé de nombreux petits groupes de voyous armés pour déstabiliser la population, et la Somalie a brusquement cessé d’être un État, et encore moins un gouvernement. La Somalie ne correspond plus à la définition des Nations Unies d’un “groupe de personnes qui ont acquis une reconnaissance internationale en tant que pays indépendant et qui ont une population, une langue commune et un territoire distinct défini”. En effet, le gouvernement et l’État somaliens cessaient abruptement d’exister. Dès lors, il devenait impossible pour les spécialistes du droit international d’approuver la Somalie en tant qu’Etat. » Aujourd’hui encore, la Somalie ne se remet pas totalement de cette sanglante guerre civile, 32 ans après !

En Haïti, au cours de la même année 1991, les militaires, sous les ordres du service secret américain et des hommes d’affaires, fomentèrent un coup d’État contre la légalité constitutionnelle qui dura 3 ans. Le président légitime, Jean B. Aristide, fut contraint « manu militari » à l’exil. Au cours du régime dictatorial des militaires, 5000 personnes furent lâchement assassinées ou portées disparues.

Au Rwanda, l’assassinat du président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 avait été saisi comme alibi pour commencer le génocide. L’opération barbare dura environ 100 jours, au cours de laquelle 662.000 à 1 million de personnes furent massacrées.

En Haïti, le 7 juillet 2021, des hommes d’affaires alliés aux politiciens sans scrupules recrutaient des mercenaires colombiens, sous la barbe du FBI, pour assassiner le président haïtien, Jovenel Moïse. Depuis lors, l’État n’existe que de nom. Face à ce constat, les gangs s’empressèrent de combler le vide en s’accaparant des moindres parcelles de territoire de la capitale.

En Libye, ce fut le même scénario. Mouammar Kadhafi, le guide libyen fut attaqué par les forces de l’OTAN (françaises, américaines, britanniques…), il a été contraint de fuir la capitale N’Djamena. Il fut assassiné le 20 octobre 2011. Depuis lors, la Libye a cessé d’être un état. Dépourvu d’un gouvernement central, les chefs de guerre divisent le pays en petits royaumes ou règne un monarque islamique.

La situation globale dans ces pays avant le démantèlement de l’état

Il existait une sorte de patterns. Dans les cas décrits plus haut, 3 chefs d’état furent assassinés ou renversés, ce qui avait ouvert la voie au génocide et a l’éclatement de l’état.

Avant d’y parvenir, tout un processus a été initié. En Somalie, on constatait à une vidée massive d’armes de guerre dans le pays sans que personne n’arrivait à déterminer leur provenance. Au Rwanda, quelques semaines avant le génocide, les machettes se distribuaient gratuitement aux paysans du pays sans pourtant savoir qu’ils allaient les utiliser pour assassiner leurs propres frères et sœurs. En Libye, ce fut à peu près le même scénario. Mais l’occident avait pris ouvertement part à la campagne de déstabilisation du pays qui se solda par l’assassinat de Kadhafi.

A rappeler qu’aucun de ces pays africains n’était producteur d’armes et de munitions.

Qu’en est-il d’Haïti ?

Au cours d’un entretien avec ce spécialiste en sécurité, il a fait une révélation alarmante sur la quantité d’armes de guerre qui sont en circulation en Haïti. Environ 500.000 engins de la mort sont dans les rues haïtiennes, en particulier à Port-au-Prince. Cette nouvelle réalité constitue une menace grave et directe pour la stabilité dans un pays qui n’est pas doté d’une armée régulière.

Haïti fait partie d’une île qui est partagée entre deux États indépendants, mais reflète deux réalités totalement contradictoires. La république dominicaine jouit d’une stabilité politique certaine depuis la dernière administration de Joaquin Balaguer. Dans les faits, elle se traduit par une constante croissance économique depuis plus de 25 ans. Ce qui alimente un progrès visible en termes d’emplois et d’organisation de la société.

En revanche, Haïti sombre dans le chaos. Une instabilité politique chronique, ponctuée de coup d’État, s’abat sur le pays, sur fond d’insurrections populaires, de scènes visibles de corruption, d’assassinat de président…La situation évolue de mal en pire. Maintenant, ce sont les gangs qui font la loi et en même temps s’affrontent en permanence, de là découle une multiplication de cas de kidnappings, le morcellement territorial de la capitale en zones de non-droit…Comment a-t-on pu arriver dans un état aussi délabré ?

Les spectaculaires révélations de l’ONU

Les Nations-Unies, à travers un rapport de plusieurs pages concernant les activités criminelles en Haïti pour l’année 2022, ont fait état de 54 officiers de police tués, 1359 cas de kidnappings et près de 3000 homicides. Il faut noter que ces chiffres restent en dessous de la réalité circonvoisine. Car, beaucoup de cas de kidnappings et d’homicides ne sont pas rapportés dans les médias ou les organisations des droits de l’homme.

D’après l’expert en sécurité, cette prolifération criminelle des armes n’est pas l’effet d’un hasard. Le fait qu’Haïti n’est pas producteur d’armes et de munitions, elles doivent nécessairement venir de l’extérieur. Dans ce même rapport, L’ONU a pointé les Etats-Unis du doigt comme le pays d’où viennent les armes et les munitions. Là, il apporte une importante précision, et je cite : « Il est presqu’impossible pour que 500.000 armes de guerre arrivent en Haïti seulement par l’intermédiaire d’émigrés haïtiens vivant aux Etats-Unis. Cela doit être nécessairement l’œuvre de professionnels dans le domaine du trafic des armes. Sinon, il prendra au moins 25 ans pour parvenir à trafiquer toutes ces armes vers Haïti. »

Les armes qui envahissent Haïti n’arrivent pas uniquement à travers les ports et le seul aéroport international, ils sont trop nombreux. Ils arrivent par la frontière terrestre que partage Haïti avec la République Dominicaine. A rappeler que paradoxalement, le développement économique et le progrès social du pays voisin sont réalisés pendant la déstabilisation accélérée d’Haïti. Il doit y avoir un lien de cause à effet pour expliquer l’évolution de ce phénomène. Toutefois, la Dominicaine à elle seule ne peut initier ce forfait sans avoir reçu l’ordre de l’occident. Car, l’Hispaniola est totalement contrôlée par les services secrets américains et le grand capital financier international, donc occidental. Toute opération d’envergure hostile à l’épanouissement d’Haïti doit-être supranationale, les Dominicains ne font que tirer leur épingle du jeu. Ils ne sont pas les maîtres des lieux !

Qu’est-ce qui se cache derrière cette vitrine d’armes ?

La violence qui s’abat sur Haïti devrait être commencée depuis l’année 2004. Cependant, l’ex-président Aristide ne l’a pas occasionné, peut-être par lâcheté ou intelligence, il n’avait pas livré bataille aux hommes de Guy Philippe. Ce qui ajourna le plan de démantèlement d’Haïti qui s’opère aujourd’hui.

L’inondation d’armes et de munitions d’Haïti doit nécessairement être prélude à un événement lugubre. Ce que nous constatons maintenant n’est probablement que l’annonce d’un événement monstrueux d’une plus grande magnitude. Sinon, on n’aurait pas envahi le pays avec toutes ces armes de guerre.

D’ailleurs, on a déjà quelques éléments concluants, tels que : les sporadiques affrontements entre les gangs de Bel-Air et de G-9, la guerre entre « chandel et grangrif » dans l’Artibonite, le choc entre « Gran-ravine et Tibwa » …sans oublier les massacres de Lasaline, Carrefour-feuilles…Donc, ce n’est pas imprudent d’évoquer le spectre d’un génocide en Haïti.

Le « Complexe de 1804 »

Il y a toujours eu cette volonté occidentale de subjuguer Haïti sur le plan interne. « Ce complexe de 1804 », en dépit de plus de ces 219 ans, est toujours présent dans le cadre des rapports de l’occident avec Haïti. Une nation affaiblie économiquement, socialement… est plus facile à dominer, à exploiter et ne peut concevoir, voire envisager des ambitions géopolitiques.

En conclusion, la réalité actuelle d’Haïti n’est pas un cas isolé, mais plutôt fait partie du plan néocolonial de domination. Le continent africain est la principale proie de cette politique qui, fondamentalement consiste à attiser et aiguiser les approches émotionnelles, car ces nouveaux états étaient incapables de créer un système de pensée proprement africaine, mais « simplement poursuivi les structures politiques d’exploitation qui leur ont été léguées à l’indépendance. D’autres ont essayé de remplacer l’exploitation coloniale par une exploitation ethnique, ce qui a entraîné des guerres civiles. » Ainsi, presque tous les états africains plongeaient dans la guerre civile, tels que : le Mozambique, le Tchad, le Soudan, le Libéria, l’Ouganda, le Nigeria, la côte d’Ivoire…Ce qui envoie ces pays très loin du développement économique et de progrès social, ainsi persiste le paternalisme néocolonial de l’occident. Haïti, c’est l’Afrique transposée en Amérique, est en train de connaître le même sort. Malheureusement, l’élite intellectuelle haïtienne refuse d’embrasser leur mission historique de poursuivre l’idéal de Jean Jacques Dessalines !

Joel Leon 

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