QUELQUES CONSIDERATIONS ET COMMENTAIRES SUR LA CRISE HAITIENNE (2e et dernière partie)

QUELQUES CONSIDERATIONS ET COMMENTAIRES SUR LA CRISE HAITIENNE (2e et dernière partie)

Jude Fabre Bretous

LA CRISE DEMOCRATIQUE

New York, USA, 02/26/2023 – Haïti fait face à des difficultés sérieuses dans sa marche vers la démocratie[i] à n’en plus finir depuis l’année 1986. Impossible de comptabiliser le nombre de crises, coup d’État, troubles sociopolitiques de tous genres qu’elle a connus ces dernières années. Elle a également connu 2 interventions militaires étrangères accompagnées d’une suite pratiquement infinie de missions de stabilisation en tous genres de la part des Nations Unies. Pourquoi donc toutes ces interventions militaires et missions civiles depuis 1986, alors que depuis 1915, après la création de l’armée et certaines autres institutions, l’État Haïtien semblait s’être finalement plus ou moins stabilisé durant pratiquement l’essentiel du 20e siècle ?

Il faut donc considérer un peu Haïti comme une maison construite par un simple manœuvre qui a érigé un rez-de-chaussée pour abriter sa famille avec les moyens du bord, sans l’aide d’un ingénieur ou même d’un maçon qualifié. La maison a tenu bon contre vents et marées, tant bien que mal, durant tout le 19e siècle après l’Indépendance. Évidemment avec une instabilité[ii] constante, qui a empêché tout développement véritable.

L’édifice a été plus ou moins stabilisé après l’intervention américaine en 1915, mais elle n’avait jamais eu ni fondations, ni construction avec des matériaux de qualité. Malgré tout, elle a tenu tant bien que mal. Contrairement à la dictature et à l’autoritarisme, la démocratie est un système de gouvernement supérieur et beaucoup plus exigeant autant pour les gouvernants que les gouvernés. C’est comme donc construire un nouvel étage sur le rez-de-chaussée déjà instable et sans fondation aucune. Chaque fois qu’Haïti se met à la démocratie, le rez-de-chaussée ne peut soutenir le nouvel étage. Et les Nations Unies doivent courir au plus vite pour le stabiliser. Dès que les forces étrangères repartent, l’édifice national[iii] recommence de nouveau à s’ébranler et menace de s’effondrer comme il menace de le faire une troisième fois aujourd’hui.

Par conséquent, ceux qui sont contre une nouvelle intervention militaire étrangère dans nos affaires du fait que celles de 1994 et de 2004 n’ont rien apporté et que les choses auraient au contraire empiré ont sans doute raison. Mais la question qu’ils devraient plutôt se demander est ce qu’il serait advenu de l’État Haïtien en l’absence desdites interventions ? Peut-être que l’État Haïtien aurait tout simplement déjà disparu.

 CONCLUSION ET PROPOSITIONS

Haïti, l’une des premières nations de l’Amérique, à conquérir son indépendance après les États-Unis, de la plus belle des manières, se retrouve aujourd’hui, le pays le plus pauvre et le moins avancé de l’hémisphère. Après avoir contribué à libérer du joug colonial nombre de pays de l’Amérique latine, qui nous ont aujourd’hui dépassés en tous points, nous nous retrouvons aujourd’hui à la traîne des nations. Après avoir été parmi les premiers, Haïti est donc devenu le petit dernier de la classe qui inspire désormais pitié et compassion. Les premiers donc, seront les derniers. Plus grave, nous faisons face aujourd’hui à une crise existentielle multidimensionnelle qui menace les fondements mêmes de la nation. Il est temps que cela change.

Nous ne prétendons nullement détenir le monopole de la vérité. Notre seul but, comme annoncé, plus haut, est de verser dans les débats, une nouvelle approche, une nouvelle perspective, celle-là historique, pour contribuer à trouver les voies et moyens pour faire de la fabuleuse expérience Haïtienne, initiée le 1er janvier 1804, le succès collectif qu’elle mérite de connaître. Cette opinion vient donc s’ajouter aux nombreux courants de pensée en compétition[iv], et qui tentent d’apporter un diagnostic et une solution à la problématique Haïtienne.  Il ne saurait y avoir donc d’opinion taboue, lorsqu’il s’agit de sauver notre pays. Car du train que vont les choses, deux issues à alternatives nous paraissent les plus probables. Soit que Haïti, en tant qu’État, incapable d’assurer la sécurité de ses propres citoyens tout en  leur offrant un minimum d’opportunités économiques, disparaisse, au milieu de la quasi indifférence internationale, ou bien prise de fatigue envers un pays en crise perpétuelle, et qui constitue un problème continu, une menace sérieuse pour ses propres citoyens ou les autres nations avoisinantes, les puissances dominantes décident finalement de mettre le pays de Dessalines et de Louverture, sous tutelle internationale.

Il existe pourtant une troisième voie pour éviter à la nation, soit la disparition étatique ou l’indignité de la tutelle. Rien ne nous interdit d’être à la fois fiers de 1804, tout en étant parfaitement lucides et conscients de nos déficits historiques à combler. D’autant plus qu’il est clair que les difficultés rencontrées par Haïti pour se développer harmonieusement ne sont nullement le fruit nullement d’une quelconque incapacité raciale ou ethnique, mais plutôt sont entièrement dues à une situation historique compliquée et dramatique à laquelle nos principaux ont dû faire face pour créer l’Etat d’Haïti. Dans cette perspective donc, cet article tient avant tout de la thérapie psychologique collective.

L’homme fort ou la nation forte n’est pas forcément celui ou celle qui refuse obstinément, tel l’autruche, de se regarder dans un miroir, de peur de se rendre compte de ses faiblesses et de ses manquements. C’est plutôt celui ou celle qui a la force morale et le courage nécessaire pour se regarder avec lucidité et sans complaisance afin de prendre conscience de ses forces et ses faiblesses  pour prendre les décisions et mesures qui s’imposent pour remédier à la situation.

Nous craignons fort malheureusement, que la grave crise sécuritaire, au point de pourriture avancée qu’elle a déjà atteint, ne pourra être résorbée sans un appui et sans une aide extérieure militaire. Cette crise aussi grave qu’elle puisse paraître, cependant, n’est que la conséquence, le symptôme d’une crise beaucoup plus profonde de gouvernance qu’il faut résoudre une fois pour toutes. Nous devons profiter encore une fois de plus de la présence inévitable mais provisoire d’une force militaire étrangère et l’atténuation de la crise apparente pour réunir une masse critique de citoyens conscients et pragmatiques pour s’attaquer à la vraie crise en profondeur, la gouvernance, et y apporter une solution durable et définitive.

S’il nous faudra toujours être vigilant dans la défense de nos intérêts nationaux, il faut admettre que le monde a beaucoup changé depuis 1804, notamment au cours de la deuxième moitié du 20e siècle. Le courant international nous est aujourd’hui beaucoup plus favorable qu’autrefois. Le racisme international, autrefois dominant, a perdu du terrain. Par exemple, Barack Obama, un noir américain, vient d’être élu en deux fois consécutivement à la plus haute magistrature de l’État le plus puissant au monde. Un État dont la majorité de la population est blanche. Au lieu de nous morfondre dans une paranoïa[v] perpétuelle, sans tomber dans l’excès inverse, Haïti peut, et doit plutôt prendre son destin en mains et regarder vers l’avenir avec confiance et non le passé, car elle a des cartes importantes en mains.

Au lieu d’attendre donc la fatalité, soit la disparition ou la tutelle, nous pouvons adopter une attitude positive et proactive, et aller au-devant des événements et être les acteurs de notre propre histoire, pour changer positivement le cours des choses, au lieu d’attendre passivement à en être les éternelles victimes expiatoires. Tout en respectant notre diversité d’opinions, nous pouvons néanmoins, nous unir autour de l’essentiel, objet d’un grand consensus entre nous pour négocier[vi] avec l’international (surtout la France qui a certainement une dette plus que morale envers Haïti) une sorte de plan Marshall, d’investissement[vii] massif durant 10 ou 20 années, dans des secteurs prioritaires tels l’éducation de qualité, la justice, la police, des infrastructures publiques et énergétiques, la santé publique. Ce pour sauver le pays et le geste de 1804. Car, en dépit des nombreuses et énormes difficultés auxquelles nous faisons face aujourd’hui, nous avons toujours, malgré tout, notre destin entre nos mains. Nous pouvons être une nation forte. A nous donc d’en décider.

Me Jude Fabre BRETOUS, Av.

Adresse Email : Fabrebretous@yahoo.com

What’s app   : 1 516-271-7302 ; 509-3-702 0784 ;                     :

[i] Des pays comme les Philippines, par exemple qui ont pris la voie démocratique a la même époque qu’Haïti n’ont pas connu et ne connaissent autant de difficultés que Haïti

[iv] Une tendance chez beaucoup de nos compatriotes à attribuer la cause de la crise de sécurité que connait Haïti actuellement a un complot international ourdi de toutes pièces contre Haïti en vue de la détruire ou bien faire disparaitre l’essentiel de la population. Cette thèse ne résiste pas a une analyse sérieuse. Premièrement, il n’y a aucune preuve, aucun indice sérieux pouvant appuyer cette thèse complotiste inspirée sans doute par le refus marquant chez l’Haïtien de reconnaitre ses erreurs et d’assumer ses responsabilités. L’afflux en masse de millions de refugies Haïtiens qui déborderaient leurs frontières est clairement contre les intérêts desdits pays. Il suffit de se rappeler du comportement irresponsable dans ce domaine de la plupart de nos récents présidents pour se rendre compte que nous sommes bel et bien responsables, pour l’essentiel, de ladite crise sécuritaire.

[v] La tendance à la paranoïa chez les haïtiens, surtout en ces moments de crise nationale aigue, a évidemment des racines profondes et historiques. Il est humain et un peu normal qu’un peuple qui a été maintenu presque 3 siècles en esclavage et qui au moment d’accéder a l’Etat nation indépendant, a du faire face durant longtemps a l’indifférence, voire l’hostilité des puissances dominantes de l’époque, soit plus que suspicieux des intentions de l’étranger à son égard. Le contrecoup évidemment, est qu’une forte paranoïa nous rend aveugle a la réalité et ne nous permet pas de saisir les opportunités présentes qui s’offrent à eux

[vi][vi][vi] Haïti, el pais de la eterna inestabilidad: las claves tras el magnicidio de Moyse. Redaccion El Huffpost/Agencias

[vii] Les expériences récentes de gaspillage des fonds publics par nos gouvernements respectifs, tels par exemple, les fonds du programme petro caribe, font penser qu’il faudra probablement trouver une formule inédite tripartite (bailleurs de fonds étrangers, société civile, gouvernement) impliquant notamment la société civile pour assurer une supervision efficace et prévenir le détournement et la dilapidation desdites ressources.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

Mémoires de Toussaint Louverture.

Mémoires de Napoléon Bonaparte

Rapport du PNUD sur le développement humain (Haïti 2020)

L’Amérique latine : indications bibliographiques

Girard P. Philippe, « Napoléon voulait-il rétablir l’esclavage en Haïti ? Bulletin de la société d’Histoire de la Guadeloupe, mai-août 2011

Kubiak Valerie, « Pourquoi Napoléon a-t-il rétabli l’esclavage en 1802. Publié le 21/03/19 et mis à jour le 05/05/2021

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