Nesmy Manigat annonce l’ouverture des classes pendant que les gangs ferment des écoles, c’est quoi cette équation éducative ?

C’est par l’éducation qu’un petit haïtien peut dessiner son avenir. Mais en créant deux écoles différentes dans le pays, les agents du système ont érigé une barricade éducationnelle entre les enfants des masses et ceux des élites. Alors que, l’article 32 de la Constitution de 1987 stipule que « L’État garantit le droit à l’éducation. Il veille à la formation physique, intellectuelle, morale, professionnelle, sociale et civique de la population. ». Donc, l’éducation est gratuite !
Cette barricade existe dans tous les domaines. Par exemple, des adolescentes ou adolescents de la province qui devraient être à l’école, sont souvent dépaysés dans l’enfer de Port-au-Prince pour devenir les « Rèstavèk » de quelqu’un qui pille le trésor public. Et ce corrompu qui détourne les fonds publics le fait tout simplement parce qu’il avait eu la chance de fréquenter l’école, ou qu’il est politiquement bien connecté à un quelconque régime mafieux du pays.
Depuis l’assassinat de l’idéal dessalinien, le 17 octobre 1806, la situation de l’éducation est toujours très préoccupante en Haïti. Quand les enfants qui ont la chance d’aller à l’école, dans bien des cas ils sont obligés de marcher des kilomètres pour se rendre dans des institutions publiques mal construites et entretenues sous la direction des instituteurs non qualifiés et mal-payés.
Le fossé est vraiment trop grand entre les enfants des parents pauvres et ceux des riches. Les barricades académiques sont trop élevées entre ces deux enfants de souches différentes. À savoir, ceux qui empruntent la route de Fermathe, Kenscoff, Laboule, Montagne Noire, Bourdon à l’arrière des voitures luxueuses de leurs riches parents pour aller dans des écoles privées et congréganistes. Et des fillettes, si elles ne sont pas ‘’restavèk’’chez des ‘’gros zouzoune’’, elles sont, dans bien des cas, des vendeuses de légumes sur les bords des trottoirs des routes que passent des voitures luxueuses des grands hommes d’affaires et des autorités du pays. Et pourquoi pas le ministre de l’Éducation nationale…de la jeunesse et aux sports etc.
Il en est de même pour les petits garçons. S’ils ne sont pas « gason lakou lakay Mèt Zabèlbòk », ils sont des cireurs de chaussures sur des trottoirs. Ces enfants, eux aussi, sont les petits-enfants de Jean-Jacques Dessalines. Ils devraient être dans des salles de classes dans leurs zones de résidence pour, chaque matin, recevoir un petit déjeuner préparé avec des productions agricoles locales dans leurs institutions scolaires. Malheureusement, les autorités corrompues n’ont pas assez de vision pour le faire. Ils préfèrent, pour passer plus du temps au pouvoir, utiliser de l’argent inutilement dans des propagandes médiatiques ou avec des bandits dans les quartiers populaires.
Aujourd’hui, plus de la moitié de la population vit dans l’extrême pauvreté. Il est aussi vrai qu’Haïti n’est plus le pays essentiellement agricole qu’il était dans le temps. De plus, il y a les problèmes du coût élevé de la vie, de l’analphabétisme, de la corruption et d’enrichissement illicite des dirigeants etc.
Mais de toutes les préoccupations, chaque jour, la société se trouve confrontée à un problème d’insécurité généralisé. Ce qui fait, mis à part des problèmes financiers des parents à pouvoir répondre aux besoins scolaires de leurs enfants, il y a aussi les affrontements au quotidien des gangs dans les quartiers populaires
Et, avec la prolifération des gangs armés dans les quartiers populaires, si les jeunes ne sont pas des soldats des bandits, ces derniers mois, la violence des gangs avait poussé des enfants non seulement loin de leurs quartiers de résidence, mais aussi, hors de leurs établissements scolaires de Port-au-Prince.
Et aujourd’hui encore, comme l’État est impuissant face aux actes de banditismes de ces voyous, les déplacés (parents, élèves, enseignants et directeurs) ne sont pas prêts à retourner dans des zones comme Martissant, Bel-Air, Croix-des-Bouquets, Cité Soleil, Bel-Air etc. Voire, traverser des rues pour être, pendant des heures, dans un établissement scolaire pour entendre le concert des cartouches.

Sous le titre : Haïti : La violence des gangs pousse un demi-million d’enfants hors de l’école à Port-au-Prince publié le 5 mai de cette année, il est écrit qu’ «En Haïti, 500 000 enfants ont perdu l’accès à l’éducation en raison de la violence liée aux gangs. Près de 1 700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince alors que des affrontements entre gangs rivaux ont éclaté depuis fin avril. »
Le texte poursuit, “En Haïti, l’avenir des enfants est menacé par les gangs. L’insécurité prive des milliers d’enfants de leur éducation. De nombreuses écoles de la capitale restent vides en raison de la violence des gangs – fermées ou inaccessibles. »
Tout en citant Bruno Maes, Représentant de l’UNICEF en Haïti, le texte fait mention de : « Les familles, les femmes et les enfants ont peur de sortir de chez eux, les enfants ont peur d’aller à l’école. Aucun enfant ne peut aller à l’école alors que des balles volent en l’air, c’est dangereux et cela ne doit pas l’être. »
Toujours selon le texte, « Sur l’ensemble de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, 772 écoles sont fermées à Croix-des-Bouquets, 446 écoles à Tabarre 274 à Cité Soleil, et 200 autres à Martissant, Fontamara, Centre-Ville et Bas-Delmas, selon le Ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP). Les gangs ont gardé la mainmise sur les écoles, où les directeurs ont dû payer les chefs de gang pour assurer la sécurité de l’école. Les directeurs n’ayant pas les moyens de continuer à payer, ils ont été obligés de fermer les portes des écoles. En outre, de nombreuses écoles sont également occupées par des familles déplacées. »
Les enfants doivent pouvoir aller à l’école en toute sécurité, jouer librement et profiter de leur enfance, et avoir la possibilité de développer leur plein potentiel », a déclaré Maes. Outre les conséquences sur l’éducation, des enfants sont également déplacés, blessés et tués en raison de la propagation de la violence des gangs à Port-au-Prince. »
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 9 000 personnes ont été déplacées de Croix-des-Bouquets, Tabarre et Cité Soleil en raison de l’insécurité. Au 3 mai, 752 personnes dont au moins 124 femmes et 200 enfants ont trouvé refuge sur neuf sites autour de Clercine à Tabarre. Ils vivent dans des conditions précaires sans hygiène et assainissement adéquats, sans accès aux services de base, sans eau potable et sans intimité pour les femmes et les enfants avec un risque accru de violences basées sur le genre. « Les femmes et les enfants de la capitale haïtienne craignent pour leur vie et celle de leurs enfants. Ils souffrent d’enlèvements, de maisons incendiées, de meurtres et de déplacements, car leur vie est constamment mise en danger par la violence persistante des gangs urbains. Déjà touchées par les effets néfastes du COVID-19, en plus des catastrophes naturelles du pays, les familles haïtiennes continuent de fuir pour sauver leur vie », a déclaré Maes.
N’en parlons pas des établissements scolaires détruits lors du tremblement de terre dans le Grand Sud le 14 août 2021 qui ne sont pas encore reconstruits. « Alors que la violence des gangs depuis août 2020 a provoqué le déplacement de 19 000 personnes dont 15 000 femmes et enfants, et a entravé le transport de fournitures et de personnes vers le sud-ouest d’Haïti touché par un tremblement de terre massif en août dernier, la «crise» actuelle des gangs affecte déjà les routes vers le nord, allongeant le délai de livraison aux personnes dans le besoin et augmentant considérablement les coûts des opérations humanitaires pour répondre à ceux dans le besoin. »
Donc l’ouverture des classes est, avec malheureusement des écoles dont les portes sont fermées dans des quartiers populaires, certainement très incertaine.
Esau Jean-Baptiste, professeur





