7 juillet 2021 – 7 juillet 2023; 2 ans déjà depuis la mort de Jovenel Moïse et le mystère persiste.

Boukan News, 07/08/2023 – Deux ans déjà depuis le magnicide de Jovenel Moïse en sa résidence privée à Pèlerin 5, commune de Pétion-ville.
Un crime tellement bien planifié qu’il n’y eut aucun échange de tirs entre les assaillants et les agents de sécurité de la résidence du président. Ce fut un scénario hollywoodien. Chaque acteur maîtrisa son rôle et aucune faille n’a été signalée.
Au lever du jour, ce 7 juillet 2021, la République en avait pour son compte. De déclarations en déclarations, on ne savait que dire et surtout quoi faire.
L’une des choses qui titillait l’esprit des citoyennes et citoyens fut la déclaration aux premières heures de l’opportuniste Claude Joseph, premier ministre a.i déjà en direction de la sortie parce que 48hres auparavant, Jovenel Moïse, président de facto, avait choisi Ariel Henry, de facto aussi pour détrôner le petit intelligent à la Primature.
Voilà Haïti plongée dans une confusion de rôle et de responsabilité. Et le petit intelligent profite du vide pour poser les jalons d’une prise totale du pouvoir.
Déclaration de l’état de siège pour museler toutes les oppositions, empêcher le déferlement de la population et mettre sous les verrous, au besoin, toutes personnalités jugées nuisibles. Ce n’était pas sans raison que ce Ti Claude Joseph avait empêché l’avion de l’animal politique, président du dernier morceau du Sénat, d’atterrir sur le tarmac de l’aéroport ce jour-là. Parce que depuis la république voisine où il se trouvait dans le cadre de ses ébats, Joseph Lambert qui nourrissait toujours l’envie d’occuper l’une des deux plus hautes fonctions de l’exécutif, commençait à arrimer ses troupes pour en douceur assauter le palais. C’était bien “compter mais mal calculer”.
Tout ceci pour dire combien on était dans le flou et combien il y avait de la place pour toutes les combines parce que le pouvoir de Jovenel Moïse était d’abord et avant tout illégal.
Un président illégal assassiné dans l’exercice de fait de ses fonctions, un pouvoir législatif réduit à une cuillerée à café avec 10 sénateurs qui ne faisaient que de la démagogie tout en étant très budgétivore et un pouvoir judiciaire déjà discrédité qui devenait du même coup dysfonctionnel à cause du non-fonctionnement de sa plus haute instance à savoir la Cour de cassation. Haïti plongeait dans l’incertitude totale. C’était un véritable casse-tête. Plus d’uns se demandaient quel mécanisme utiliser pour combler le vide dans le vide. Oui ce fut un vide dans le vide déjà existant vu que Jovenel Moïse fut à la tête du pays par effraction depuis le 7 février 2021.
Malgré les mobilisations monstres et dénonciations de divers secteurs de la vie nationale, il resta au palais national pour les services rendus à la communauté internationale avec le Core Group comme manipulateur et gendarme.
Tout le dilemme se situait dans l’application de la Constitution de 1987 amandée pour pourvoir au remplacement du président assassiné. Car, l’on était face à un cas inédit : un président de facto très contesté qui venait d’être assassiné, un premier ministre de facto a.i remplacé par un autre premier ministre de facto qui n’a pas eu le temps de prendre ses fonctions et de prêter allégeance à son maître.
Il n’y a aucune provision constitutionnelle en pareille circonstance. Pour y parvenir il faudrait que les femmes et hommes politiques de la république soient imprégnés du sens et de la profondeur de l’État et aussi animés du patriotisme et du bien-être de la collectivité. Loin de là! Voilà l’une des sources intarissables de nos problèmes.
Une classe politique incapable de compromis, affairiste- k ap chache manje-dépourvue de la culture du dialogue dans l’intérêt collectif, soumise aux injonctions du maître blanc, le pays en général et les masses défavorisées en particulier subissent, de manière frontale et avec une intensité qui dépasse la vitesse de la lumière, les conséquences désastreuses des inconséquences de ces irresponsables.
Point n’est besoin de dresser le tableau de la désolation haïtienne. Depuis l’incapacité à faire la lumière sur le magnicide : 5 juges d’instruction à date pour zéro inculpé en dépit du fait qu’il y a des suspects derrière les barreaux. Il a fallu la prise en main du dossier par le maître du monde, les USA, pour qu’à partir de chez lui les choses bougent au niveau judiciaire. Où se trouve notre dignité de peuple ? De quel État-Nation se gargarise-t-on ?
Quant à la gestion/prise en charge de la res publica, n’en parlons pas. Depuis l’assassinat du père fondateur de la nation, malgré trois occupations (1915- 1995 – 2004), le pays n’a vécu aucune période aussi sombre comme celle-ci. Tous les indicateurs sociaux et économiques sont au rouge vif. La notion de gouvernance ne fait plus partie du vocabulaire politique national. Les forces politiques se caractérisent par un antagonisme puéril et stérile.
Cette attitude menace notre existence de peuple. Et le premier ministre Ariel Henry nommé par feu Jovenel Moïse et confirmé par un tweet de la représentante spéciale du Secrétaire général des Nations-Unies et mère nourricière de la fédération des gangs G9 an fanmi et alye, madame Helen La lime, le 20 juillet 2021, est investi de tous les pouvoirs sur les plus de 10 millions d’âmes vivant sur la terre d’Haïti.
Comment qualifier la gestion d’Ariel Henry (premier ministre, président et pourquoi pas roi) -parce qu’il est maître des vies et des biens dans l’Haïti d’après Jovenel. Seuls les gangs partagent avec lui le pouvoir. Parce que les gangs/bandits occupent des portions du territoire où ils font la loi et peuvent ôter selon leur caprice la vie à n’importe quelle personne sans aucune crainte. Quant à Ariel lui même, il peut signer n’importe quel Accord avec des acteurs de la société et ne pas l’appliquer après.
Les bandits extorquent la population à travers le kidnapping, les raps et vols. Le gouvernement d’Ariel Henry augmente les taxes et impôts et encaisse l’argent des contribuables sans fournir le moindre service. Plus de 4.5 millions d’Haïtiens sont dans un état sévère d’insécurité alimentaire. La population est exposée aux maladies les plus contagieuses et les enfants meurent faute d’un manque de vaccins. Les femmes enceintes meurent par manque de soins et absences de matériels dans les centres obstétrico-ginécologiques. D’un autre côté, les bandits violent les fillettes et les femmes. Par endroits on se demande si l’État n’a pas légué le monopole de la violence aux gangs/bandits (Savien, Cité Soleil, Gran Ravin, Martissant) pour ne citer que ces endroits.
La communauté internationale, dans un premier moment au travers de son syndicat le Core Group a tout manipulé pour conduire le pays dans cette impasse. Ayant échoué dans son plan de guerre civile, maintenant elle cherche à imposer une 4ième occupation en douceur avec la formule d’Antonio Guterres, une force robuste pour appuyer la Police Nationale. Cette dernière réduite en lambeau dont nombre de ces membres sont ou membres des gangs ou leurs alliés passifs.
Voilà le carrefour auquel Haïti, jadis terre de liberté se trouve 24 mois après l’un des crimes politiques les plus spectaculaires et les plus odieux du premier quart du vingt et unième siècle.
Marcel Poinsard Mondésir





