L’antiaméricanisme est à son paroxysme en Haïti !
Des manifestations sont prévues pour le mercredi 28 juillet 2021 dans toutes les grandes villes haïtiennes. Une date qui coïncide avec le premier débarquement militaire américain en Haïti, 106 ans de cela, suivi d’occupation, le 28 juillet 1915. Il semble qu’il y a un point d’accord entre les partisans de l’ancien président assassiné, Jovenel Moïse, et ses farouches opposants d’hier, autour de la façon odieuse dont l’acte a été perpétré. Ensuite, le complot était ourdi dans le sud de la Floride, un État faisant partie du territoire des Etats-Unis, avec l’implication des entreprises américaines…Surtout avec la culpabilité des agents nationaux de la Colombie dans l’exécution du crime… Tout ceci contraste avec les relations de bon voisinage qui devraient exister entre les deux États.
Il y a une vérité incontestable dans les relations américano-haïtiennes. De 1986 à 2021, aucun changement de régime n’était possible en Haïti sans l’aval du gouvernement américain. Voire l’assassinat d’un président en exercice. Personne ne peut prouver ce postulat, mais tout le monde le croit dans le pays et ailleurs.
Pour illustrer cette affirmation, voici un exemple flagrant. En 1989, 3 officiers de l’armée d’Haïti : le lieutenant-colonel Himmler Rebu, colonel Léonce Qualo et le colonel Philippe Biamby, tentèrent un coup d’État dans le pays sans l’approbation du gouvernement américain. Empêtrés, intimidés et isolés par le département d’état, via son ambassadeur d’alors, Mr Brunson Mckinley, ils firent contraints de libérer le général-président, Prosper Avril, après avoir parcouru toutes les artères de Port-au-Prince avec lui dans le coffre d’un char de guerre. Aucun régime change n’est possible en Haïti sans l’adhésion du gouvernement américain. Qu’en est-il de l’assassinat qui a eu lieu dans la nuit du 6-7 juillet 2021 ?
Tous les indices impliquant les acteurs connus dans l’assassinat du président haïtien, Jovenel Moise, dans la nuit du 6-7 juillet, ont une connexion Nord-Américaine, spécialement dans le sud de l’état de la Floride. Aujourd’hui, des dizaines d’agents fédéraux sont à pied d’œuvre, perquisitionnent des maisons dans 5 villes différentes à la recherche de documents financiers liant des compagnies et personnalités américaines ou résidentes, dans cette sale affaire d’assassinat du président d’un pays ami.
Certains milieux diplomatiques et stratégiques admettent l’embarrassement de l’administration de Joe Biden dans l’assassinat du président du pays le plus pauvre de l’hémisphère. On parle même d’un scandale international qui peut éroder le climat de confiance entre les états de l’hémisphère et le gouvernement américain. Ainsi, l’administration actuelle est condamnée à agir vite afin de trouver une issue conduisant à l’arrestation des auteurs intellectuels et financiers de cet assassinat.
Malheureusement, l’Amérique est mal partie. Après avoir endossé Claude Joseph pour conduire le pays vers des élections, une décision jugée trop hâtive par des diplomates accrédités en Haïti, cette même madame Lalime est obligée de le laisser tomber pour adopter Ariel Henry. Ce dernier, considéré par des collègues comme un professionnel médical moyen et totalement nul en politique, son jour est déjà compté à la primature.
Le bureau fédéral d’investigation américain est en Haïti depuis plus de deux semaines, il semble que l’enquête ne bouge pas. En général, lorsqu’une enquête piétine dans un pays du tiers-monde, c’est parce qu’elle n’est pas nécessaire. Parce que tous les responsables sont déjà connus, mais on ne peut pas les inculper. Donc, les prétendus enquêteurs passent tous leurs temps à trouver des boucs émissaires plus ou moins plausibles, pour les coller le crime a la peau. L’homme haïtien est accoutumé à ce genre de bifurque, toute cette haute montagne va accoucher d’une petite souris.
Au cours des funérailles du président assassiné dans la deuxième ville du pays, le Cap-Haitien, un événement avait eu lieu. Normalement, cela devrait être passé comme un fait divers, un habitant de la ville a été pris en vidéo exprimant son ras-le-bol à l’endroit de quelques diplomates présents en la circonstance. Dans un langage comique mais déterminé, un mélange de créole/anglais, il les accusait tous d’être de connivence avec les assassins du président. On dirait que cet homme avait exprimé l’opinion de toute une population. Cet homme, du jour au lendemain, est devenu un héros, ses photos et la vidéo sont sur tous les réseaux sociaux et partagés des millions de fois en seulement 48 heures. Il est bruit qu’il a reçu de l’argent de la population, une sorte de récompense pour son courage d’avoir dénoncé publiquement l’implication des diplomates des pays étrangers accrédités en Haïti dans l’assassinat du président.
C’est un indice clair qui donne une idée de l’appréciation de la population du pays par rapport à la puissance tutrice d’Haïti, les Etats-Unis d’Amérique. Les manifestations du 28 juillet 2021 sont perçues comme le début de toute une campagne anti-impérialiste en Haïti. Certains voient l’assassinat crapuleux du président Jovenel Moïse comme un vecteur d’unité nationale. Nonobstant, que le président fut un tyran qui concentrait tous les pouvoirs de l’État entre ses mains, qui armait et finançait les gangs, qui dilapidait les ressources nationales, qui enrichissait l’oligarchie nationale, qui ne respectait pas les libertés publiques…mais le président ne méritait pas d’être assassiné de cette façon par des agents étrangers ayant des liens avec les Etats-Unis. C’est ce que pense une bonne partie de la population haïtienne, de l’intérieur comme de l’extérieur !
Joel Leon






