La Blessure qui saigne

La Blessure qui saigne

PIERRE R. RAYMOND
                                                                                                                                          I
Dans les rues de Christ Roi, Delmas 30, Solino meurtris,
Un appel trompeur résonne : “Rentrez chez vous, reprenez vos vies.”
Mais quels foyers nous attendent ? Quelles maisons debout ?
Seules des ruines criblées de balles, des cendres partout.
II
Les groupes armés promettent la paix de leurs mains sanglantes,
Ces mêmes mains qui ont semé la mort, la terreur dévastatrice.
Ils prêchent l’égalité par l’ignorance dominante,
Ciblant les éduqués, toute voix qui ose être critique.
III
“Trop instruit pour vivre ici, trop fier pour obéir,”
Disent-ils de ceux qui savent lire l’avenir.
Dans leur vision tordue, seuls les sans-voix peuvent survivre,
Pendant qu’ils bâtissent un royaume de souffrir.
IV
Retourner, c’est accepter leur règne de violence,
C’est trahir nos morts, condamner nos enfants,
C’est choisir la soumission plutôt que la résistance,
C’est éteindre l’espoir dans le cœur des vivants.
V
À vous qui restez silencieux, qui détournez le regard,
Qui trouvez des excuses à l’inexcusable forfait :
Votre neutralité nourrit leur pouvoir noir,
Chaque jour de silence scelle notre défaite.
VI
Nous portons cette blessure qui saigne sans guérir,
Cette plaie de l’exil, de la terre arrachée.
Mais nous gardons vivante la flamme de l’avenir,
L’Haïti libre que nous saurons recréer.
VII
Car nous ne sommes pas que victimes et douleur,
Nous sommes poètes, artisans, bâtisseurs de demain.
Et quand viendra l’aube, quand triomphera la douceur,
Nous rentrerons libres, la dignité dans nos mains.
Pierre Richard Raymond

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