NOUS AVIONS MISÉ SUR LE MAUVAIS CHEVAL.
Quelques années de cela, les internautes haitiens étaient nombreux à prendre le mors à leurs dents contre un commentateur de radio en France, lorsque ce dernier —-poussé par je ne sais quel diable— a eu l’impertinence de nous comparer à la Somalie. Ce jour-là j’ai vu des gens monter sur leurs grands chevaux dessaliniens pour signifier leur jurax vis-a-vis de cet homme.
Mais je vous ferai noter que ceux qui se sont pris le bec avec le gars l’avaient fait seulement en raison d’une espèce de gène de se voir cataloguer dans le même registre qu’un pays aussi paria et hors-la-loi que la Somalie.
Le langage de ce monsieur, on l’admet, était teinté d’un racisme patent. On doit toutefois reconnaître que nous ne sommes vexés que parce que la vérité nous a flagellé l’orgueil de plein fouet.
Au moment où tout le monde laissait transparaître leur colère, moi je trouvais la remarque ad hoc. Aussi m’étais-je permis de prendre un ton différent pour écrire dans un post que c’est au contraire la Somalie qui devrait se sentir offensée de cette comparaison.
Car, au moins, en ce moment, les somaliens auront eu le mérite de jouir d’une certaine accalmie, en dépit du fait que leur pays soit tout le temps brinquebalé par le spectre du terrorisme. Mais tout envieux que nous sommes, nous avons décidé de leur voler la vedette. Nous accouchons toutes sortes de vacheries tout en nous nous calfeutrant dans un cocon fantasmagorique, nous disant ‘pourvu qu’on ne nous voie pas’.
Écoutez, les gens ne sont pas dupes. Toutes nos villenies sont étalées au grand jour. Il faut cesser ce comportement de l’autruche. Il vient le temps de faire la part du feu. Ravalons notre fierté pour avouer aux yeux du monde que le projet d’une nation que nous avons conçu voilà plus de 200 ans s’est soldé par un piteux ratage.
Ne soyez point surpris si le coup de Trafalgar nous est préparé par les grands laboratoires des grandes puissances, à savoir notre mise sous tutelle. Car selon l’article 76 de la charte des Nations-unies, un pays, tel que Haiti, qui se vautre dans une situation d’ingouvernabilité pendant si longtemps peut facilement tomber dans cette catégorie; et je vous garantis que la communauté internationale s’offrirait un point d’honneur jouissif à se l’exécuter !
À l’heure actuelle, Haiti devient le pandemonium où les valeurs basiques qui régissent toute société normale connaissent une chute hadale.
Le spectacle que nous offrons est pathétique et kafkaïen : gangs, kidnapping, viols , criminalité, corruption, amateurisme et nanisme en politique.
Les criminels se sachant bénéficier d’un blanc-seing ne se voilent plus le visage. Ils circulent dans la plus parfaite quiétude! Dans quel autre pays verriez-vous une mère suppliant un bandit par toutes sortes de lamentations pour lui permettre de récupérer le cadavre de son fils afin de l’inhumer ?
Quel mal pourrait bien commettre quelqu’un qui lui vaille la désacralisation et la mutilation de son cadavre après l’avoir assassiné? Ces actes crapuleux nous prennent aux tripes mais salissent aussi ce qu’il nous restait en fait d’image.
L’époque où nous avions pu nous attirer la commisération des étrangers est bel et bien révolue, maintenant il faut admettre qu’ils n’en ont rien à cirer! Nous leur avons prêté le flanc, rien d’étonnant donc s’ils nous croquent à pleines dents.
Nous nageons dans un miasme repoussant, mais pire nous nous y complaisons. Nous nous plairons dans cet ilotisme mental qui nous prédispose à tout accepter sans remettre en question. Mais bon sang jusques à quand saurions-nous dire non au réductionnisme et au relativisme que nous offrent nos gouvernants! On ne fait même pas semblant de vouloir s’en sortir. Non, Il n’y a aucune volonté de sortir Haiti de cette foire d’empoigne où elle se trouve coincée. On ne fait pas ça à un peuple!
Pito m pe.
Bon dimanche
Ducasse Alcin





