Le piège à éviter pour le Conseil de Transition

 Le piège à éviter pour le Conseil de Transition

Yves Pierre

Boukan New, 04/29/2024 – Le Conseil Présidentiel tout juste mis en place pour piloter la transition en Haïti se trouve déjà confronté à un défi de taille : éviter de reproduire les errements du précédent Premier ministre Ariel Henry et devenir une nouvelle instance paralysée, sans réelle capacité d’action.

Pour de nombreux observateurs avertis, la composition hétéroclite de ce Conseil de 9 membres votants, issus d’horizons politiques divergents, pourrait bien faire de lui un Ariel Henry recomposé en 9 personnalités distinctes. Avec les mêmes conséquences désastreuses : l’enlisement dans les conflits intestins et l’impossibilité de dégager une ligne d’action claire et déterminée pour sortir le pays du chaos.

Le risque est en effet patent de voir ces 9 représentants se neutraliser mutuellement, chacun défendant les intérêts de son clan plutôt que la véritable refondation démocratique que le peuple haïtien appelle de ses vœux. Au premier désaccord, les lignes de fracture idéologiques et les luttes intestines pour le leadership pourraient bien anéantir toute velléité de faire prévaloir l’intérêt général.

Pire encore, cette instance entre alors le danger de se muer en “un Ariel Henry en 9 personnes”, avec 9 chefs qui parlent d’une seule voix… la leur. Une oligarchie dispersée, sans réelle capacité de décision et d’exécution, enfermée dans la défense des intérêts particuliers qui l’ont portée au pouvoir.

Pour éviter ce naufrage programmé, le Conseil de Transition se doit d’adopter dès à présent des garde-fous stricts en termes de gouvernance et de fonctionnement. Il est impératif que ses membres votants s’élèvent au-dessus des clivages politiciens et des logiques purement partisanes. Ils doivent poser d’emblée les jalons d’une véritable collégialité, avec une réelle délégation de pouvoir à un leadership fort, impartial et compétent.

Ensuite, des mécanismes de surveillance citoyenne, avec la pleine participation de la société civile et des experts indépendants, doivent garantir la transparence totale des décisions et de la conduite des affaires. Parallèlement, une feuille de route détaillée avec un calendrier impératif et des objectifs clairs doit être définie collectivement, puis suivie avec une rigueur sans faille.

Enfin, au moindre signe de dérive oligarchique ou de retour aux vieilles pratiques délétères du pouvoir haïtien, les membres fautifs doivent être si nécessaire écartés sans délai. L’urgence de la situation dans le pays exige une gouvernance exemplaire, irréprochable, vouée corps et âmes à l’intérêt supérieur de la nation.

Le Conseil Présidentiel se trouve à la croisée des chemins : se hisser au niveau des attentes de la population ou sombrer dans les ornières du passé. Saisira-t-il cette chance inespérée de rompre définitivement avec les antivaleurs de la gouvernance haïtienne ? Seuls ses actes dans les prochaines semaines et les prochains mois pourront lever les doutes. Le peuple attend et juge.

Yves Pierre, Citoyen Engagé

2 Comments

  1. Très bonne réflexion..Une consultation gratuite que le .gouvernement et le CPT ont tout intérêt à prendre en considération.

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